«
Un auteur (Grec) fameux par sa bêtise
Chez son libraire advint un certain jour,
Mon ouvrage sur la sottise
A-t-il chez toi fait un bien long séjour ?
Votre ouvrage, dit le libraire,
Est resté dans mon magasin,
Cinq ans, sans qu’aucun exemplaire
Soit passé dans une autre main.
Hier pourtant, un marchand de fromage
Entra chez moi, disant : n’auriez-vous pas
Dans vos rayons quelque mauvais ouvrage
Qui fût pour vous un embarras ?
Charmé de ce propos, je lui donnai le vôtre,
Vu que je n’en trouvai pas d’autre
Aussi propre que celui-là
À remplir cet usage-là.
L’auteur se retira confus,
En jurant qu’il n’écrirait plus.
. . . . . . .
De nos jours on voit pire affaire :
Du livre qu’on voudrait lire en vain en entier,
De l’imprimeur vole chez l’épicier,
Sans prendre pied chez le libraire !