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Quel bonheur, ô beauté, pour celui qui t’adore,
D'obtenir de ta bouche un sourire enchanteur,
Et de le voir briller comme le météore
Qui luit au fond des cieux bien avant que l'aurore
Ait au foyer divin emprunté sa lueur !
Il se jouerait longtemps ce gracieux sourire
Sur tes lèvres de perle et sur ton front brillant,
Sur ton sein où Vénus soupire,
Où les grâces déjà jettent de leur empire
L’inébranlable fondement !
Longtemps il se jouerait dans tes cheveux d’ébène,
Qu’agite mollement le zéphyr le plus pur :
Longtemps il brillerait dans tes beaux yeux d’azur,
Comme brille Vénus par une nuit sereine.
Mais hélas ! ce sourire aimable et parfumé
Qui de mon cœur brûlant apaiserait la flamme,
Ce sourire si doux, qui dans mon cœur charmé
Répandrait le bonheur et le repos de l'âme,
Je ne puis l'obtenir de toi, de ton amour :
Tu détournes les yeux, quand près de moi tu passes,
Tu dédaignes l'ami qui marche sur tes traces
Depuis que l’aube a lui, jusqu’au coucher du jour !
Pourtant si tu savais, mon ange,
L’ardeur dont je brûle pour toi :
Si tu savais l’amour étrange
Que j'éprouve quand je te vois !
C’est un volcan qui me consume :
Sa lave déchire mon cœur,
Je voudrais l'éteindre et j’allume
Plus violemment ce feu rongeur !
Oh ! pitié, pitié, ma colombe,
J’implore un regard de tes yeux,
Pitié ! vois s’entrouvrir ma tombe,
Si tu méprises mes aveux !
Non, tu ne connais pas cet infernal délire,
Ce tumulte effrayant, ces poignantes horreurs,
Dont le cortège affreux incessamment conspire
Contre les cœurs aimants, haïs par d’autres cœurs !
Quoi ! tu me haïrais, toi que toute mon âme
Par ses cris, par ses vœux incessamment réclame ;
Toi dont le doux aspect jette en mon cœur ému,
L’espérance parfois, pauvre fleur qu’il caresse
Comme un gage béni d’amour et de tendresse !
Non, tu ne me haïs pas... mais pourquoi me fuis-tu ?
Toujours me fuir ! toujours éviter ma rencontre !
Toujours dérober à mes yeux
Ta céleste beauté qu’un vain rêve me montre,
Et les divins attraits dont l’ornèrent les cieux !
Ne pourrai-je jamais t’émouvoir et te dire
L’ardent, le saint amour que ta beauté m’inspire ?
Ne pourras-tu jamais m’aimer ?
Me faudra-t-il hélas ! renoncera à ma flamme,
Moi qui voyais en toi l'image de la femme,
Dont mon cœur ne peut se priver !
. . . . . . . . . . . . .
Phœbus s’était déjà précipité dans l’onde,
Ses rayons bienfaisants n éclairaient plus le monde,
Le jour faisait place à la nuit :
Debout sur un rocher dont l'orgueilleuse cime
Dominait un profond abîme,
Un homme paraît et sourit.
Mais son sourire était sinistre,
Et son œil flamboyait, comme l’œil d'un démon,
Et de Satan il semblait le ministre,
Était-ce un fantôme ? non, non !
Ah ! ce n’était pas un fantôme
Dont le prince du noir royaume,
Faisait son affreux messager...
Ce malheureux, c’était un homme,
Mais qui n'avait rien pour aimer !