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Sur la mort d'un chien

Nicolas Germain Léonard · None · Préromantisme · 18e siècle
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Qu’on élève aux conquérants De superbes mausolées! Que les Muses désolées Pleurent la mort des tyrans ! Constant, c’est toi que je chante, C’est pour ton ombre innocente Que mon encens va fumer ; Ami généreux et tendre, Les cœurs qui savent aimer Doivent des fleurs à ta cendre. L’homme n’est roi que de nom. Quel trône a-t-il en partage ? Il est fier de l’avantage Que lui donne la raison ; Mais cet esclave des vices, Vil jouet de leurs caprices, Ne fait que changer d’erreur, Quand les brutes plus sensées Suivent les lois du bonheur Que l’instinct leur a tracées. Ô toi, compagnon chéri De mes fraiches promenades, Combien de fois les Dryades À ton approche ont souri, Lorsque dès l’aube vermeille, Gai, sautant, dressant l’oreille, Dans tes folâtres ébats, Tu courais sur l’herbe humide, Tantôt guidé par mes pas, Tantôt me servant de guide ! Dans les jours de mon printemps Je crus aux serments des belles, Je crus aux amis fidèles, Et fus instruit par le temps : Faux, légers dans leurs tendresses, Mes amis et mes maîtresses M’ont quitté dans le malheur ; De cette foule commune Toi seul restas à mon cœur, Et partageas ma fortune. Je t’avais auprès de moi Dans le cours de mes voyages ; Dans les lieux les plus sauvages Je sommeillais sur ta foi. Fier de protéger ma couche, Tu t’armais d’un œil farouche, Et, sentinelle assidu, Toujours prêt à me défendre, Au moindre bruit survenu Ta voix se faisait entendre. Quel plaisir tu m’as donné Dans mes pénibles détresses ! En recevant tes caresses J’étais moins abandonné. Tu voyais couler mes larmes, Et tes touchantes alarmes, Tes yeux fixés sur les miens, Semblaient une voix céleste Qui disait : Je te soutiens, Et mon amitié te reste. Au pâle flambeau des nuits, Quand j’errais dans les bois sombres, Tes regards perçant les ombres Interrogeaient les réduits. Ta vigilance attentive M’indiquait l’onde furtive Où je m’allais engager, Et, voisin du marécage, Pour m’avertir du danger Tu volais à mon passage. Si dans leur jaloux transport, Deux chiens se livraient la guerre, Ton courage tutélaire S’armait contre le plus fort. Si quelque main libérale, Devant ta bouche frugale Offrait des mets entassés, Tu n’osais en faire usage. Quel homme dit, C’est assez, S’il peut avoir davantage ? Sans fiel quand je te frappais, Tu me pardonnais l'offense, Et ta queue, en ma présence Jouait en signe de paix. Si tu te sentais coupable, D’un air doux et pitoyable, À mes pieds humble et couché, Tu prévenais ma menace, Et j’étais déjà touché Quand tu demandais ta grâce. Ah ! si ton ombre m’entend, Ne crois pas que je t’oublie, Toi qui consolas ma vie, Toi, mon fidèle Constant. Quand sur ta tombe champêtre, Quelquefois ton triste maître Rappellera tes vertus, Il dira dans sa pensée : Mon meilleur ami n’est plus, Toute ma joie est passée.

Notes

Recueil: Œuvres de Léonard, recueillies par Vincent Campenon (posthume, 1798). https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t57809305/f30.item

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