«
Ô nuit qui m’as surpris sur ce lit de verdure !
Quelle douce fraîcheur tu répands dans les airs !
Que ce calme touchant dont jouit l’univers
Fais passer dans mon cœur une volupté pure !
Je voyais le soleil rentrer au sein des eaux :
Les nuages de pourpre, éclatants de lumière,
Descendaient lentement sur le front des côteaux,
Lorsqu’un léger sommeil m’a fermé la paupière…
Plaintive Philomène ! est-ce toi que j’entends ?
Ou ne serait-ce point la voix d’une bergère,
Qui réveille l’écho par ses tendres accents ?
Que j’aime ces berceaux où la lune brillante
Fait de l’ombre et du jour un mélange charmant,
Tandis que du zéphir le doux frémissement
Agite à mes côtés leur voute transparente !
Mon cœur s’émeut encore, à l’aspect du ruisseau
Qui fuit en écumant au fond de ce bocage.
Zulmis, un soir d’été, cherchait ici l’ombrage :
Ces branches lui formaient un mobile rideau.
Les rayons du couchant unis au crépuscule
Répandaient autour d’elle un tendre demi-jour,
Qui pour mieux seconder les larcins de l’amour,
De sa pudeur timide apaisait le scrupule.
Je l’observais sans bruit, caché près de ces lieux.
Ciel ! que je fus troublé, lorsque ma jeune amante
Dénoua les rubans de sa robe flottante !
Je crois la voir encor découvrir à mes yeux,
Et son pied délicat, et sa jambe d’albâtre ;
Je vois tomber sa robe, et mon œil curieux
Parcourt avidement un sein que j’idolâtre.
Enfin me dévoilant mille secrets appas,
Tremblant au moindre bruit, rougissant d’être nue,
N’osant se regarder, craignant d’être aperçue,
Zulmis vers le ruisseau précipite ses pas ;
Bientôt le flot jaloux la dérobe à ma vue :
J’allais, pour la saisir, m’élancer dans le bain…
Un Dieu sans doute, un Dieu tout à coup me rappelle.
En fuyant, le cœur plein d’une image si belle,
Je jetai cet écrit sur les bords du bassin :
« Tu peux te baigner sans alarmes,
« Ô toi que vient de voir l’œil discret de l’amour !
« Il va veiller sur ton séjour :
« Nul profane regard ne souillera tes charmes. »