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Un jour, dans la saison des fleurs,
Tous les Bergers et leurs compagnes,
Pour fêter le Dieu des Pasteurs,
S’assemblèrent dans les campagnes.
Après le sacrifice, on mit sur des gazons
Du vin, des fruits et du laitage ;
On but à pleine coupe, et l’on dit des chansons.
Les vieillards réjouis parlaient de leur jeune âge :
Philète se vanta que jadis au hameau
Nul Berger, comme lui, n’enflait un chalumeau.
Tout le cercle, à ces mots, désira de l’entendre :
Sa flûte était chez lui, Titire l’alla prendre :
Pendant ce temps, Lamon les pria d’écouter
Une aventure assez jolie
Qu’il avait oui raconter
À des Bergers de l’Arcadie.
Syrinx était anciennement
Une bergère jeune et belle,
Gardant ses brebis sagement,
Jouant avec son chien fidèle,
Chantant parfois modestement
Une chansonnette nouvelle,
Et fuyant tout engagement.
Pan, qui voyait cette cruelle
Comme il nous voit présentement,
Devint épris d’amour pour elle,
Et se promit facilement
De dompter sa fierté rebelle.
Pour les Dieux, vaincre une mortelle,
Paraît l’ouvrage d’un moment.
Il lui parla de son tourment ;
Mais Syrinx, avec un sourire,
Dit qu’il se plaignait vainement,
Et qu’un Dieu fait comme un satyre
Ne serait jamais son amant.
Pan, courroucé de cet outrage,
Veut la saisir entre ses bras ;
Elle court au prochain rivage,
Et tombe, en faisant un faux pas,
Parmi les joncs d’un marécage.
Le Dieu brise tous les roseaux....
Ô douleur ! il voit la Bergère
Transformée en tige légère,
Périr sous les coups de sa faux !
Alors, honteux de sa furie,
Il joignit ces joncs inégaux,
Et son souffle, à leurs chalumeaux,
Cherche encore à rendre la vie.
Ce Conte était fini, quand Titire arrivant
Mît la flûte aux mains de son père.
Philète n’en jouait plus guère,
Et lui-même avouait que sa flûte souvent
Demeurait suspendue aux murs de sa chaumière.
Il commença d’abord un prélude savant :
Tantôt il exprimait la tempête qui gronde ;
Tantôt il imitait le murmure du vent
Qui vole en se jouant sur la glace de l’onde.
Puis il montra les airs qui plaisent aux troupeaux ;
Il enflait pour les bœufs le son de ses pipeaux ;
Il le rendait plaintif pour la brebis timide,
Pesant pour les taureaux, pour les brebis, rapide,
Clair et perçant pour les chevreaux.
Enfin, du Dieu Bacchus il chanta les louanges :
Drias représenta la fête des vendanges ;
Il feignait en dansant de couper le raisin,
De le porter dans des corbeilles,
Et de fouler la cuve et d’entonner le vin,
Et de boire le jus des treilles.
Il rendait si bien ces tableaux,
Qu’on croyait voir le vin, les cuves, les tonneaux,
Et Drias vidant les bouteilles.
Ensuite, un jeune couple offrit un jeu charmant :
Daphnis contrefit Pan, et Chloé, la Bergère.
Il la suppliait humblement ;
Elle riait de sa prière,
Et s’enfuyait légèrement ;
Il suivait sa course légère,
Et sur le bout des pieds sautait pour contrefaire
Les pas de chèvre de l’amant.
Chloé fit semblant d’être lasse,
Et se cacha dans un verger ;
Daphnis feignit aussi d’avoir perdu sa trace,
Et prit la flûte du Berger.
Tout-à-tour il faisait entendre
Des sons doux et plaintifs, comme pour la toucher,
Des sons passionnés, comme d’un ami tendre,
Et des sons animés, comme pour la chercher.
La lune qui brillait à travers le feuillage,
De ces jeux innocents vint terminer le cours.
En quittant du Dieu Pan le vénérable ombrage,
Le couple, au pied de son image,
Promettait de s’aimer toujours.
Mais vraiment, dit Chloé, ce Dieu, c’est un volage ;
On lui prête bien des amours ;
On dit qu’à tourmenter des Nymphes de bocage
Il s’amuse encor tous les jours :
On ne peut s’y fier : si tu m’étais parjure,
Il se rirait de mon injure ;
Dût ta foi s’engager à plus d’objets nouveaux,
Que sa flûte n’a de pipeaux !
Jure par la brebis qui t’a servi de mère
D’être fidèle à ta Bergère.
Daphnis, touché de sa frayeur,
Jura par sa brebis chérie
D’aimer Chloé toute sa vie,
Et de perdre le jour s’il n’avait plus son cœur.