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Je veux dans un repas charmant,
Entourer ma coupe de roses ;
Vénus en fait son ornement :
Au siècle des métamorphoses,
La déesse les vit écloses
Du sang vermeil de son amant.
Quand l’Amour danse avec les Grâces,
La rose orne ses beaux cheveux ;
La rose est le plaisir des dieux ;
Le Zéphir en est amoureux,
Et Flore en parfume ses traces.
On aime à cueillir ses boutons,
Malgré leur épine cruelle :
Les Muses la trouvent si belle
Qu’elle est l’objet de leurs chansons.
Mais elle ira bientôt parer le noir rivage ;
Ô mes amis ! comme elle on nous verra finir.
Eh ! que laisserons-nous après ce court passage ?
Une ombre, un peu de cendre, un léger souvenir.
À quoi sert d’embaumer nos dépouilles mortelles,
Et sur de vains tombeaux pourquoi semer des fleurs ?
C’est tandis que la vie anime encor nos cœurs
Qu’il faut nous couronner de guirlandes nouvelles.
Profitons du jour serein
Que ramène la nature ;
L’impénétrable destin
A caché le lendemain
Dans la nuit la plus obscure.
Loin de nous, chagrin, tourment,
Inquiétude ennemie !
La saine philosophie
Est de voyager gaîment
Sur la route de la vie :
On n’y paraît qu’un instant ;
Je le donne à la folie,
Et je m’en irai content
Dans l’abîme où tout s’oublie.