«
L’hiver, à pas lents,
Descend des montagnes,
Et ses voiles blancs
Couvrent nos campagnes ;
Les frimas nouveaux
Ont chassé Pomone :
Comus abandonne
Les riants berceaux,
Où, pendant l’Automne,
Le jus de la tonne
Coulait à long flots.
L’indiscret Zéphire
Ne va plus redire
Aux prochains vallons
Les folles chansons
Que Bacchus inspire
À ses nourrissons.
Amis ! vos Pénates
Vous servent d’abris,
Pendant que j’écris
Ces rimes ingrates,
Près de vos foyers,
Tristes casaniers,
Brûlant un vieux hêtre.
Vous dites peut-être :
Ô douce saison !
Quand tes hirondelles
M’inviteront-elles
À fuir ma prison ?
Quelque lourd volume
Occupe vos yeux :
Un travail poudreux,
Sans fruit, vous consume.
À quels soins, hélas !
Votre âme se livre,
Dans l’espoir de vivre
Après le trépas !
Le Printemps s’efface
Et se reproduit ;
Mais rien ne remplace
Le plaisir détruit ;
Le volage fuit
Sans laisser de trace.
Ah ! qu’au gré du temps,
Ma Muse périsse ;
Mais que je jouisse
De tous mes instants !
Parfumons nos têtes ;
Et dans un festin,
Au bruit des tempêtes,
Chantons nos conquêtes,
L’amour et le vin !
Pendant que la neige,
De ses tourbillons,
Blanchit nos maisons
Que l’Hiver assiège,
Demeurons assis
Près de nos Bergères,
Et dans nos pleins verres,
Noyons les soucis !
Dans la tombe noire,
Quand j’irai sans gloire
Joindre mes aïeux,
Je veux qu’on publie :
Il n’eut point l’envie
D’illustrer sa vie ;
Mais il fut heureux.