«
Nise était dans son aurore,
Et sur son sein agité,
Déjà commençaient d’éclore
Les trésors de la beauté :
Sur ses lèvres demi-closes,
Erraient déjà les soupirs,
Comme autour de jeunes roses
On voit voler les zéphirs.
Nise avait vu le feuillage
Seize fois naître et mourir ;
Silvandre était du même âge ;
C’est l’âge heureux du plaisir :
Ils s’aimaient d’amour si tendre,
Qu’on doutait, voyant leurs feux,
Qui de Nise ou de Silvandre
Était le plus amoureux.
Dès que Nise était absente,
Tout affligeait son amant ;
Loin de lui, la jeune amante
Souffrait le même tourment :
Ils laissaient couler des larmes,
Quand ils se quittaient le soir,
Et rien n’égalait les charmes
Qu’ils goûtaient à se revoir.
Si l’un chantait un air tendre,
L’autre aimait à le chanter :
Nise en écoutant Silvandre,
Sentait son cœur palpiter :
Silvandre était dans l’ivresse,
En l’écoutant à son tour,
Et l’interrompait sans cesse
Par cent baisers pleins d’amour.
Ô fatale destinée !...
Où les flambeaux d’hyménée
Devaient s’allumer pour eux :
La veille, dans la prairie,
Ils s’en allaient sans dessein,
Dans leur douce rêverie,
Se tenant tous deux la main.
Tout à coup Nise frissonne ;
Ses yeux se mouillent de pleurs,
Et son âme s’abandonne
À de secrètes terreurs :
« Hélas ! dit-elle, je tremble
« Et ne fais que soupirer !...
« Nous sommes si bien ensemble !
« Faudrait-il nous séparer ? »
Dans ce moment, sur leurs têtes,
Se rassemblaient ses torrents,
Qui renferment les tempêtes
Et le trépas dans leurs flancs :
C’en est fait… le ciel se couvre ;
Un voile épais noircit l’air,
Et du nuage qui s’ouvre,
Sortent la foudre et l’éclair.
Nise était pâle et tremblante,
Dans les bras de son amant ;
Sur eux la foudre brûlante
Tombe, éclate en mugissant :
Leur âme s’envole unie
Par un tendre embrassement,
Et ce baiser qui les lie
Est leur dernier sentiment.