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Le Printemps parfumé des plus douces odeurs,
Est descendu des cieux sur un trône de fleurs.
Le redoutable Hiver, à la faveur des ombres,
Vient quelquefois encor visiter nos climats :
On l’a vu dans les champs ouvrir ses ailes sombres,
Et montrer à l’aurore un voile de frimas :
Les orages grondaient dans les forêts plaintives,
Et l’Océan battu par les vents en courroux,
Avec un bruit affreux retombait sur ses rives.
Mais le Printemps sourit, et l’air devient plus doux :
L’ombre déjà commence à descendre du hêtre ;
On entend des bosquets la musique champêtre,
La flûte des Bergers réjouit les échos,
Les prés sont colorés de mille fleurs nouvelles ;
Le soleil, d’un regard, enflamme les coteaux,
Et les ruisseaux tremblants roulent des étincelles.
Zéphyr s’élève, il a brisé ses fers :
Le char doré du souverain des ondes
Sillonne en paix le sein des flots amers ;
On voit bondir sur ses plaines profondes
Et les Tritons et les filles des mers :
Du haut des monts, les folâtres Naïades
Versent leurs eaux en brillantes cascades ;
Et les Silvains, les Faunes, les Driades
Dansent en foule au bruit de leurs concerts.
C’est maintenant que les cœurs se confondent,
Que les soupirs et les yeux se répondent,
Que les amours règnent sur l’univers !
Dans ce beau jour, la terre fécondée,
Par son hymen, avec le Dieu des airs,
De toutes parts, jette ses rameaux verts,
Et boit les flots d’une céleste ondée.
Vénus donne aux vergers l’éclat de leurs couleurs ;
C’est elle qui nourrit de ses douces mamelles
Tous ces germes nouveaux d’où s’échappent les fleurs,
Et que les vents légers caressent de leurs ailes.
Vénus a prodigué les perles du matin ;
Qui, de sa jeune rose, ont fait enfler le sein ;
Sous des berceaux de myrte, elle a conduit les Grâces :
L’Amour nu, désarmé, badine sur ses traces.
Qui croira que sans traits il est moins dangereux ?
Nymphes ! défiez-vous de son air d’innocence !
Craignez surtout l’Amour quand il est sans défense !
S’il paraît moins à craindre, il ne blesse que mieux.
Du monde heureux n’altère point la joie !
Chaste Diane ! épargne nos forêts !
Sur ces oiseaux dont la voix se déploie,
Qu’aucun chasseur n’ose lancer des traits !
Vénus voudrait t’inviter à sa fête ;
Mais ta pudeur rougirait de ses jeux.
Durant trois nuits, son cortège amoureux,
Le thyrse en main, et les fleurs sur la tête,
Parcourt des bois les sentiers ténébreux.
Là, vont errer les Nymphes des campagnes,
Celles des eaux et celles des montagnes ;
Palès et Flore y portent leurs bouquets ;
Bacchus y vient ; et par un chant profane,
Le Dieu des vers anime nos banquets.
Fuis celle orgie ! éloigne-toi, Diane !
Laisse Vénus habiter tes bosquets !
L’éther s’est répandu dans les veines du monde ;
Il y fait circuler son feu générateur :
Les germes sont remplis de sa molle chaleur,
Et par mille canaux la sève se féconde.
Le beau lilas, chargé de ses touffes en fleurs,
Laisse à peine flotter sa modeste verdure :
Le muguet argenté, la violette obscure,
Embaument les gazons de leur douce vapeur.
Ô ! comme les berceaux sont baignés de fraîcheur !
Comme on voit s’agiter leurs ombres incertaines !
Quel frémissement sourd, quel murmure enchanteur
Se mêle sous leur voûte au bruit de ces haleines !
La tourterelle, aux échos d’alentour,
Fait le récit de sa peine amoureuse :
Le rossignol, loin des rayons du jour,
Confie aux bois sa plainte harmonieuse ;
Sur le genêt, sur la rose épineuse,
Tout vit, tout aime, et tout chante l’Amour.
Fils de Vénus ! le Printemps t’a vu naître.
C’est au milieu de nos vertes forêts,
C’est sur les monts, dans un vallon champêtre,
Que faible encor, tu fis voler tes traits :
Bientôt ton arc épargna les génisses ;
Il s’essaya sur de tendres beautés,
Sur le jeune homme épris des voluptés,
Sur les guerriers couverts de cicatrices,
Sur les vieillards vers la tombe emportés.
Par toi, la Vierge innocente et craintive
Sut endormir ses jaloux surveillants,
Et se glissant dans sa marche furtive,
Vers son ami, guida ses pas tremblants.
Descends, Amour ! descends à notre orgie !
Mais viens sans arme, éloigne ton flambeau ;
Veille aux Bergers, veille à la bergerie ;
Que le Pasteur laisse errer son troupeau,
Et que la main qui tournait le fuseau
Cueille aujourd’hui les fleurs de la prairie !
Je veux, dans un repas charmant,
Entourer ma coupe de roses :
Vénus en fait son ornement.
Au siècle des métamorphoses,
La Déesse les vit écloses
Du sang vermeil de son amant.
Quand l’Amour danse avec les Grâces,
La rose orne ses beaux cheveux ;
La rose est le plaisir des Dieux ;
Le Zéphyr en est amoureux,
Et Flore en parfume ses traces :
On aime à cueillir ses boutons
Malgré leur épine cruelle ;
Les Muses la trouvent si belle,
Qu’elle est l’objet de leurs chansons.
Mais elle ira bientôt parer le noir rivage :
Ô mes amis ! comme elle on nous verra finir ;
Eh ! que laisserons-nous, après ce court passage ?
Une ombre, un peu de cendre, un léger souvenir.
À quoi sert d’embaumer nos dépouilles mortelles ?
Et sur de vains tombeaux, pourquoi semer des fleurs ?
C’est tandis que la vie anime encor nos cœurs,
Qu’il faut nous couronner de guirlandes nouvelles.
Profitons du jour serein
Que ramène la nature :
L’impénétrable destin
A caché le lendemain
Dans la nuit la plus obscure.
Loin de nous chagrin, tourment,
Inquiétude ennemie !
La saine philosophie
Est de voyager gaîment
Sur la route de la vie :
On n’y paraît qu’un instant ;
Je le donne à la folie,
Et je m’en irai content
Dans l’abime où tout s’oublie.
Fidèle adorateur des lois du tendre Amour,
Qu’aurai-je à redouter à mon heure suprême ?
Je toucherai Pluton, et Vénus elle-même
Des bois élyséens m’ouvrira le séjour.
Là, sous de frais berceaux, les Grâces demi-nues
Nous servent l’ambroisie à la table des Dieux ;
Et comme au siècle d’or les filles ingénues
De leur seule pudeur se voilent à nos yeux.
Là, des danses, des chœurs, des chants mélodieux
Exercent des humains la jeunesse éternelle ;
Les rayons d’un jour pur y descendent des cieux,
Pareils au doux éclat d’une aurore nouvelle :
Un charme inexprimable anime ces beaux lieux :
Les gazons émaillés de roses printanières
Offrent des lits de fleurs pour les amants heureux ;
Des groupes de Bergers et de vives Bergères
Se livrent sans réserve à de folâtres jeux ;
Et celui dont l’Amour finit les destinées,
Habite pour jamais ces rives fortunées,
Où, d’un feston de myrte il pare ses cheveux.