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Quand le matin fraîche et riante
Elle accourait, j'étais heureux :
J’étais fier devant mon amante
Dont la beauté douce et touchante
Offrait splendidement ses charmes à mes yeux !
Elle brillait parmi la foule
Comme le soleil dans son cours,
Quand pompeusement se déroule
Son disque enflammé d’où s’écoule
Le torrent de clarté qui sillonne les jours !
Que son regard était céleste,
Qu'il était doux, qu’il était pur :
Avec quelle fierté modeste
Ce regard à mon cœur funeste
S'échappait mollement de ses beaux yeux d’azur !
Les grâces sur son frais visage
Avaient répandu leurs trésors :
Vénus en lui rendant hommage
Voyait en elle son image,
Tant les divines sœurs avaient paré son corps !
Le vif incarnat de la rose
Au sein du lys se mariait !
Pouvait-on voir plus belle chose
Que cette bouche demi-close,
Que ces perles d’argent où l’amour souriait ?
Dans quel agréable délire
La douce voix jetait mon cœur :
Je croyais entendre une lyre
Où l’amour tendrement soupire
Les sons mélodieux d’un langage enchanteur !
De cette voix à mon oreille
Vibrait l'accent délicieux,
Comme un chant d'oiseau qui s’éveille,
Comme la note non pareille
Que module au printemps le cygne harmonieux !
Dans ses lignes que de finesse
Que de poli dans ses contours !
Dans ses larmes quelle richesse,
Quelle merveilleuse souplesse !
Le moelleux de sa peau surpassait le velours !
Quelle était belle et radieuse
Quand sur son beau sein à l'écart,
Je posais ma lèvre amoureuse :
Mes baisers la rendaient heureuse,
La flamme du désir brûlait dans son regard !
Elle aimait ces heures charmantes,
Heures de douce intimité,
Où dans des étreintes brûlantes
Nos âmes d’amour palpitantes
Dans les coupes de feu buvaient la volupté !
Elle aimait cette extase sainte,
Ces recueillements dorés,
Ces délices d’une âme empreinte
De l'amour dont elle est atteinte,
Et qui, de son bonheur voit les sens enivrés !
Elle aimait, la belle coquette,
Attirant les regards jaloux
À séduire par sa toilette
Lorsque l'Église aux jours de fête,
Appelait les chrétiens au pieux rendez-vous.
Elle aimait la valse entraînante
Aux molles ondulations,
Et la polka, danse enivrante,
Et la scottish éblouissante,
Aux lascives inflexions.
Quelquefois pensive et rêveuse,
Le plus souvent toute au plaisir,
Elle berçait ma vie heureuse
Dans cette ardeur voluptueuse
Qu’auprès de la beauté, fait naître le désir !
Notes
Recueil: Poésies inédites de Léonard (1870 - posthume).
Note: Face au grand nombre d'incohérences dans les divers poèmes de cette édition, et à l'absence d'autres éditions pour comparer, je me suis permis de faire quelques modifications au fil de mes publications sur ce site. Ici, j'ai modifié la ponctuation.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8798021/f30.item