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Au bord d'une mer écumante,
Jadis vivait dans un châtel
Une jeune fille innocente,
Près d'un tuteur dur et cruel ;
Il allait à sa destinée
De cet enfant unir le sort :
Pour elle, avant son hyménée,
Elle voulait subir la mort.
À peine à sa quinzième année
Lucy brillait comme une fleur,
Et cette belle infortunée
Avait déjà donné fon cœur.
Que pouvait sa flamme amoureuse,
Contre des murs et des verrous ?
Mais las ! quand on est malheureuse,
Le bien d'aimer devient si doux !
Artur n'avait point de richesse ;
Il était simple bachelier ;
Dans le logis de sa maîtresse,
Il va s'offrir pour Écuyer.
Sous ce titre, il voyait sans cesse
Le jeune objet qu'il adorait ;
Mais une Duegne traîtresse
Sut découvrir leur feu secret.
Lisard, enflammé de colère,
Bannit Artur de sa maison,
Et Lucy triste et solitaire
Fut mise au fond d'un noir donjon :
Quand le jour commençait de naître,
Les yeux attachés sur les flots,
Auprès d'une étroite fenêtre,
Elle poussait mille sanglots.
Un soir que la pauvre captive
Pleurait, songeant à son amour,
Une voix touchante et plaintive
S'élève du pied de la tour.
Elle entend la voix qui l'appelle,
Regarde au travers des barreaux,
Et dans une faible nacelle,
Voit son amant au bord des eaux.
Adieu, dit-il, ma douce amie !
Qu'il te souvienne un jour de moi !
Adieu ! je renonce à la vie,
Ne pouvant plus vivre pour toi.
Je vais contre les infidèles
Trouver la mort dans les combats :
Quand tu recevras ces nouvelles,
Donne des pleurs à mon trépas !
Mais vois l'excès de ma misère,
Et prends pitié de mes tourments !
Accorde une grâce dernière
Au plus malheureux des amants !
Je vais faire un bien long voyage,
Peut-être pour ne plus te voir :
Ah ! Lucy, que j'obtienne un gage
Qui calme un peu mon désespoir !
Lucy frémit à ce langage,
Et pour lui montrer ses douleurs,
Elle jeta sur le rivage
Un mouchoir trempé de ses pleurs.
Son amant le saisit bien vite,
Cent fois le baise avec transport,
Le met sur son sein qui palpite,
Et laisse enfin ce triste bord.
Bientôt, dans un songe terrible,
L'esprit frappé de noirs tableaux,
Lucy voit ce mortel sensible
Errer autour de ses rideaux :
Quel réveil, lorsqu'à la lumière
Du pâle flambeau de la nuit,
Elle revoit cette ombre chère
Paraître encor près de son lit !
Dès-lors, quand la vague bruyante
Vient se briser contre ces murs,
Quand une chouette effrayante
Se plaint sur ces dômes obscurs ;
Quand les vents, dans les soirs d'automne,
Promènent leurs sons gémissants,
Partout l'ombre qui l'environne
Semble répondre à ces accents.
Un jour, un courrier se présente
Lucy l'aborde en frémissant :
Il rend à la plus tendre amante
Son mouchoir inondé de sang :
Elle y fixe un regard farouche ;
Son cœur s'enfle, elle veut crier ;
Il sort un soupir de sa bouche,
Et ce soupir est le dernier.