«
Quoi! déjà, vigilante Aurore !
Tu parais aux portes du Jour !
Ne pouvais-tu d’une heure encore
Différer pour moi ton retour ?
Arrête ! quel démon te presse
De traverser sitôt les airs ?
L’avare seul, près de sa caisse,
Et l’amant, près de sa maîtresse,
Ont maintenant les yeux ouverts.
Quels maux ramènent ta présence !
Mars attend tes premiers rayons
Pour faire lever en silence
Ses innombrables bataillons.
L’infortuné cessait de l’être
Pendant le calme du repos,
Et tu vas faire disparaître
L’illusion de ses tableaux.
L’esclave a retrouvé son maître ;
L’artisan reprend ses travaux,
Et la main de l'homme champêtre
Va creuser des sillons nouveaux.
Tu serais bien moins matinale,
Si dans tes bras voluptueux
Tu tenais le jeune Céphale ;
Et sur la rive orientale
On attendrait longtemps tes feux.
Que le sort d’un amant te touche !
Faut-il troubler son rendez-vous,
Si la froideur d’un vieux époux
T’oblige à déserter ta couche ?...
Mais déjà j’entends les oiseaux
Moduler leur voix printanière ;
Déjà cette haleine légère
Qui joue autour de nos rideaux,
Me fait voir au loin les berceaux
Environnés de la lumière
Puisse ton éclat s’effacer !
Puisse ton char paré de roses
Dans les campagnes se briser,
Et ton coursier se renverser,
Pour le chagrin que tu me causes !