«
La pauvre enfant, comme elle était heureuse,
Lorsque sa main, en cueillant une fleur,
Pressait ma main d’une étreinte amoureuse,
Et tout-à-coup, la portait sur son cœur !
Quels doux parfums s’exhalaient de son âme,
Quand toute entière elle se répandait
En flots d’amour, de cet amour de femme,
Dont l'ange seul possède le secret !
Dans ses beaux yeux, dont l’éclat me consume,
Quel long regard plein de sérénité :
Quel feu brûlant, qui dans le cœur allume,
Tout un foyer d’ardente volupté !
Comme j’aimais sur sa bouche naïve
À voir errer un sourire charmant,
À recueillir d’une oreille attentive,
De son amour, ce gracieux serment.
« Je t’aimerais toujours comme je t'aime :
Car pour toi seul mon cœur connut l'amour,
Et désormais ce cœur plein de toi-même
Ne peut à toi qu'être uni sans retour. »
Mais hélas ! ô mon Amélie,
Pendant que tu parlais, de sinistres accents
Se mêlaient à ta voix chérie,
Et hâtaient du départ les rapides instants !
. . . . . . . . .
On l'a conduite ainsi loin du rivage,
Témoin de nos amours et de nos doux serments.
Elle vogue aujourd’hui vers une triste plage
Où l’ennui d’une dent meurtrière et sauvage,
Rongera son cœur de vingt ans !
Notes
Recueil: Poésies inédites de Léonard (1870 - posthume).
Note: Face au grand nombre d'incohérences dans les divers poèmes de cette édition, et à l'absence d'autres éditions pour comparer, je me suis permis de faire quelques modifications au fil de mes publications sur ce site. Ici, j'ai déplacé quelques virgules.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8798021/f28.item