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Silvandre avait quitté Nicette ;
Il offrait à d’autres attraits
Les sons flatteurs de sa musette
Et l’hommage de ses bouquets.
Jadis à cet ingrat Silvandre
Nicette avait donné son cœur :
Quand on l’a donné par malheur,
On a grand peine à le reprendre.
Le souvenir de ses amours
Rendait sa douleur éternelle :
Des rubans de son infidèle
Nicette formait ses atours,
Et chantait encor tous les jours
Les airs qu’il avait faits pour elle.
Des consolateurs pleins de zèle
Vinrent en foule à son secours :
Mais au seul mot d’amour nouvelle,
On était banni pour toujours ;
Damon plus heureux, ou plus sage,
Parvint à se faire écouter :
Il parlait d’un Berger volage
Dont le nom semblait révolter :
On promit de le détester,
S’il en reparlait davantage.
Mais s’avisait-il de conter
Quelqu’aventure de Silvandre ?
On se la faisait répéter.
Lorsqu’aux pieds d’une autre maîtresse
Il peignait son léger rival,
On en disait beaucoup de mal ;
Mais on s’en occupait sans cesse.
Enfin Damon saisit l’instant
D’ouvrir son cœur à son amie :
Il crut voir Nicette attendrie,
Et lui jura d’être constant ;
Mais elle dit, en sanglotant :
Hélas ! penses-tu que j’oublie
Qu’un ingrat m’en jurait autant ?