«
La nuit a disparu ; déjà l'aube vermeille
Répand sur l'orient un jour serein et pur :
À l'aspect de ses feux, la terre se réveille
Et le ciel, de sa robe a déployé l'azur.
Fuyez, sombres vapeurs, dans les forêts antiques !
Réveille-toi, mortel esclave des cités !
Peux-tu nourrir encor tes songes léthargiques ?
Tandis que la nature offre mille beautés ?
Ô temples consacrés aux douces rêveries !
Que l'éclat du matin répand sur vous d'attraits !
Je crois voir la gaieté, l'innocence et la paix
Me sourire partout, du sein de ces prairies,
Du bord de ces ruisseaux, sous ces voûtes fleuries,
Où règne avec l'ombrage un zéphyr toujours frais.
Vous qui des vrais plaisirs abandonnez la route,
Pour égarer vos pas dans un marais trompeur !
Vous avez beaucoup construire un tissu de bonheur :
Ce pénible agrément ne vaut pas ce qu'il coûte.
Ah ! je vous préfère au vain luxe des rangs,
Asile du repos ! campagnes fortunées,
Où le Sage, éloigné de la foule des Grands,
Voit couler comme un jour ses nombreuses années !
Il brille à son réveil d'un éclat rajeuni ;
Son esprit est serein comme un ciel sans nuage,
Paisible comme un lac dont le cristal uni
Répète, à nos regards, le plus beau paysage.
Quels chants mélodieux remplissent les bosquets !
C'est l'univers charmé qui t'offre ses cantiques,
Toi, qui dores des monts les stériles sommets ;
Toi, qui parfume l'air d'esprits aromatiques !
Souverain Créateur, quels sublimes tableaux
Du jour que tu fais naître annoncent l'ouverture
Tel était ce matin où, quittant le repos,
Tu disais au néant d'enfanter la nature.
À ta voix, le chaos ouvrit ses profondeurs ;
Le soleil en sortit pour embellir le monde,
Et prêter aux objets ses brillantes couleurs :
La terre, transformée à sa clarté féconde
Se para devant lui de verdure et de fleurs.
Sur un char enflammé, le voilà qui s'avance !
Comme un Dieu bienfaiteur, il monte au haut des airs,
Versant de toutes parts la joie et l'espérance,
Et dispensant la vie à mille êtres divers.
L'univers étonné renaît en sa présence :
Les collines, les tours, les rochers et les mers
Étincèlent des feux dont il les a couverts :
L'horizon s'agrandit ; le ciel paraît immense.
Ô Soleil ! ô flambeau dont tout sent l'influence !
Fertilise le champ par le juste habité !
Puisse l'or, qu'il répand sur la pâle indigence,
Remonter vers sa source, en ruisseau d'abondance !
Mais de maux et d'erreurs ce globe est infecté.
Que dis-je ? tu luiras pour le fils parricide ;
Pour le vil séducteur qui flétrit la beauté ;
Pour le perfide ami ; pour l'oppresseur avide.
Tel est un fleuve pur dans sa courbe emporté,
Ici parmi les fleurs, là sur un sable aride,
Mais en tous lieux suivi de la fécondité.
C'est toi seul que j'implore, Auteur de la lumière !
Daigne entendre mes vœux, quand la nature entière,
Dans ses chants variés t'exprime son amour,
Quand, des bords du couchant à ceux où naît le jour,
L'homme à ton trône auguste élève sa prière.
Je ne demande point que ta divinité
Conforme à mes désirs sa volonté suprême :
Tu prévois, quand ton choix s'oppose à ce que j'aime,
Que mon penchant peut nuire à ma félicité.
Je ne dis point qu'aux bons tu te montres propice :
Qu'auraient à souhaiter ceux qui sont vertueux ?
En faveur des ingrats, apaise ta justice :
Le mortel qui t’offense est assez malheureux.
Vois d'un œil indulgent, ô principe des êtres,
Le fils religieux qui rend à ta grandeur
Le culte qu'avant lui t'ont rendu ses ancêtres :
Pardonne, s'il se trompe, à la foi de son cœur.
Pourrais-tu rejeter un innocent hommage ?
Ah ! quel que soit l’autel d'où l'encens monte aux cieux,
Si cet encens est pur, il doit plaire à tes yeux,
Et pour tous les humains l'amour n’a qu’un langage.