«
Je t’aimais, ô ma tendre mère,
Quand l’amour était loin de moi ;
Et mon cœur toujours en prière,
Ne formait des vœux que pour toi !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
J’aimais à voir ton beau visage
Tout rayonnant de charité,
Et dont jamais aucun nuage
N’altéra la sérénité !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
J’aimais à lire dans ton âme,
Lac d’amour et de pureté,
Dont aucun limon, sainte femme,
Ne souilla la limpidité !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Que j'étais heureux le dimanche,
Avec toi d'aller au saint lieu
Et vêtu d’une robe blanche,
De verser l’encens devant Dieu !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Avec quelle joie attendrie,
J’écoutais les hymnes divins.
Quand ta voix, ô mère chérie,
Se mêlait à celle des saints !
Oh ! vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Oh ! comme j’aimais à l’entendre
En présence du saint autel,
De cette voix, l’accent si tendre
Qui me faisait rêver le ciel !
Oui vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Mon cœur n’avait qu’une pensée,
Te plaire, t’aimer tour à tour,
Dans mes bras te tenir pressée,
Ne vivre que de ton amour !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Et puis quel plaisir sous l’ombrage,
À l’approche du doux printemps,
D’écouter le divin ramage
Des oiseaux, près de nous chantant.
Oh ! vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Tu me disais que l’harmonie
De leurs accords délicieux,
’était qu’une note bénie
D’un concert en l’honneur des cieux !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Tu me disais que la nature
Toute entière se répandait
En hymnes purs dont le murmure
Aux pieds du Seigneur s’élevait !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Tu me disais que rien au monde
N’est étranger à l’Éternel,
Et que le ciel, la terre et l’onde,
Marchent sous son œil paternel !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Que rien n’est doux comme de vivre
Sous un maître si grand, si bon,
Et que notre cœur est un livre
Dont chaque page dit son nom !
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Et tout heureux de tes paroles,
Dans une pieuse ferveur
J’adorais ces divins symboles
De la puissance du Seigneur.
Et vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Mais hélas ! de mon innocence,
Un nuage ternit les fleurs,
Aux jours de mon adolescence :
De l'amour je connus l’ardeur !
Et vous ne vîntes plus, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Non de cet amour tout céleste
Que j’éprouvais sur tes genoux,
Quand je lisais, femme modeste,
Le bonheur dans les yeux si doux.
Oh ! vous veniez alors, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Mais de cet amour, qui dans l’âme
Fait bouillonner les sentiments,
Qui les attise, les enflamme
Et les change en embrasements !
Et vous ne vîntes plus, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil des rêves de l'enfance !
Depuis ce jour, ô tendre Mère,
Tu n’es plus seule aimée en moi,
Car d’autres objets sur la terre
Prennent leur part de la prière
Que j’adressais au ciel pour toi !
Et vous ne venez plus, Anges de l’innocence,
Bercer mon doux sommeil, des rêves de l’enfance !