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La belle Alcimadure
Allait un jour chantant :
Dans toute la nature,
Il n’est rien de constant ;
On veut que je m’engage :
Mais discours superflus !
On deviendrait volage :
Non, je n’aimerai plus.
J’avais pris soin d’instruire
L’oiseau le plus charmant ;
Il ne cessait de dire
Qu’il m’aimait tendrement.
Hélas ! par ce langage,
Tous les cœurs sont déçus !
L’oiseau quitta la cage…
Non, je n’aimerai plus.
J’avais un chien fidèle,
Et beau comme le jour ;
Il était le modèle
Du plus parfait amour :
J’ai vu périr ses charmes ;
Voilà mes soins perdus !
J’en ai versé des larmes…
Non, je n’aimerai plus.
Le Berger qui l’adore
Vole à ses pieds soudain ;
Elle voulait encore
Répéter son refrain :
Mais quand le cœur soupire,
Quand les sens sont émus,
Est-il bien temps de dire :
Non, je n’aimerai plus ?
On dit que l’imprudente
Se rendit à ses vœux ;
Il quitta son amante
Sitôt qu’il fut heureux :
La Bergère trahie
S’en va d’un air confus,
Jurant que de sa vie
Elle n’aimera plus.
Du sort d’Alcimadure,
Gémissez, tendres cœurs !
Pour un amant parjure,
Elle verse des pleurs :
Ne faites point de même
Des serments superflus :
Hélas ! souvent on aime
Quand on croit n’aimer plus.