«
Auprès de mon amie,
Je coulais de beaux jours ;
D’une si douce vie
J’ai vu finir le cours.
Félicité passée,
Qui ne peux revenir !
Tourment de ma pensée !
Que n’ai-je, en te perdant, perdu le souvenir !
On peut être aussi belle,
On peut autant charmer :
Mais qui peut, autant qu’elle,
Qui peut jamais aimer ?
Félicité passée, etc…
Souvent de cette eau pure,
Nous suivions les détours :
Quand j’entends son murmure ;
Je songe à nos amours.
Félicité passée, etc…
Souvent j’allais l’attendre
Sous ces ormes touffus :
Elle venait s’y rendre :
Cet heureux temps n’est plus !
Félicité passée, etc…
Voyez dans ces asiles,
Nos chiffres enlacés !
Dans les jours plus tranquilles,
Ma main les a tracés.
Félicité passée, etc…
Ce même air que je chante,
Que je chante en pleurant,
Avec ma jeune Amante,
Je l’ai chanté souvent.
Félicité passée, etc…
Combien de fois l’aurore
Fut témoin de nos jeux !
Combien de fois encore,
Le soir nous vit heureux !
Félicité passée, etc…
Elle cessa de vivre
Quand on nous sépara :
Mon cœur devait la suivre ;
Rien ne me la rendra.
Félicité passée, etc…
Lyre tendre et plaintive !
Tes airs sont superflus :
Sur l’infernale rive,
Églé ne t’entend plus.
Félicité passée
Qui ne peux revenir !
Tourment de ma pensée !
Que n’ai-je, en te perdant, perdu le souvenir !