«
Une jeune Bergère,
Les yeux baignés de pleurs,
À l’écho solitaire,
Confiait ses douleurs ;
Hélas ! loin d’un parjure,
Où vais-je recourir ?
Tout me trahit dans la nature,
Je n’ai plus qu’à mourir.
Est-ce là ce bocage,
Où j’entendais sa voix,
Ce tilleul dont l’ombrage,
Nous servit tant de fois ?
Cet asile champêtre
En vain va refleurir ;
Ô doux Printemps ! tu viens de naître,
Et moi, je vais mourir !
Que de soins le perfide
Prenait pour me charmer !
Comme il était timide,
En commençant d’aimer !
C’était pour me surprendre,
Qu’il semblait me chérir :
Ah ! fallait-il être si tendre,
Pour me faire mourir ?
Autrefois sa musette
Soupirait nos ardeurs ;
Il parait ma houlette
De rubans et de fleurs :
À des beautés nouvelles,
L’ingrat va les offrir,
Et je l’entends chanter pour elles,
Quand il me fait mourir.
Viens voir couler mes larmes,
Sur ce même gazon
Où l’Amour, par ses charmes,
Egara ma raison :
Si dans ce lieu funeste
Rien ne peut t’attendrir,
Adieu, parjure ! un bien me reste ;
C’est l’espoir de mourir.
Un jour viendra peut-être,
Que tu n’aimeras plus :
Alors je ferai naître
Tes regrets superflus :
Tu verras mon image ;
Tu m’entendras gémir ;
Tu te plaindras, Berger volage,
De m’avoir fait mourir.