← Retour aux poèmes

Idylle troisième (Zirphile, Daphnis)

Nicolas Germain Léonard · 1766 · Préromantisme · 18e siècle
«
Zirphile. Que la lune naissante à travers ce bocage Brille d’une douce clarté ! Comme l’eau du canal répète son image ! Et ce bouquet de joncs qui borde le rivage , Voi comme au gré du vent il paraît agité! Du bocage, Berger, veux-tu prendre la route ? Nous pourrons nous asseoir sous ces lilas fleuris Que tu vois s’incliner en voûte ; La paix règne à présent dans les airs obscurcis ; Tu sais que j’aime tes récits ; Et ceux que tu feras me toucheront sans doute. Oh ! que tu peins bien la vertu ! Tes accents sont plus doux que la naissante aurore, Ou qu’un ruisseau pur aperçu Par le voyageur abattu , Et qui sert à calmer la soif qui le dévore. Daphnis. Je vais te raconter l'histoire de Damon. Damon apprit un jour que le vieux Philemon Était dans une peine extrême, Et qu’il ne lui restait pour tout bien qu’un mouton, Seul débris échappé de la contagion. Il fut ému, Zirphile, et se dit à lui-même : « Mon voisin Philemon a perdu tout son bien ? Que ferai-je ? par quel moyen Adoucirai-je sa misère? J’irai... je lui dirai, je t’offre ma chaumière ; Viens, tu n’as point de fils, Damon sera le tien, Et tu lui serviras de père ». Il dit, et sans délai court trouver le vieillard. Il craignait d’arriver trop tard ; En voyant la cabane il palpitait de joie. Dans ses embrassements sa bonté se déploie ; De cet infortuné sa main saisit la main, Et la pressant contre son sein : « Viens, lui dit-il, daigne me suivre ; Bon vieillard ! je prends part à ton sort malheureux. Quelques moutons que j'ai nous aideront à vivre, Et sous le même toit nous logerons tous deux ». Philemon le regarde, et pleure de tendresse. Ô mon fils, disait-il, ô mon unique appui !... Il tombe dans ses bras, il sanglote, il le presse… Damon est pénétré de la plus douce ivresse ; il l'embrassait , Zirphile, et pleurait avec lui. Zirphile. Damon pleurait aussi ! quel moment plein de charmes ! Oh ! qu’elles sont douces les larmes Qui coulent sur les maux d'autrui ! Daphnis, j’ai vu les misérables… Ce spectacle brisait mon cœur. Mais que sont devenus ces hommes respectables ? Daphnis. Philemon a vécu près de son bienfaiteur, Et pour transmettre la mémoire Du juste qui fut son appui À ceux qui vivront après lui, Sur un ormeau lui-même a gravé son histoire. On ne s’en approche jamais Qu’on ne verse des pleurs en parcourant ces traits. Les mères vont s'asseoir sous son épais feuillage, Elles y mènent leurs enfants, Et pénètrent leurs cœurs de tendres sentiments, En leur montrant du doigt cette touchante image. Un vieillard élève sa voix, La troupe autour de lui s'assemble. Il raconte comme autrefois Les deux Pasteurs vivaient ensemble. On l’écoute, on bénit Damon ; Et chacun s’en retourne en prononçant son nom.

Notes

Recueil: Idylles morales. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1353909/f12.item

← Précédent Le poème de la prison Suivant → Idylle quatrième

Autres poèmes de Nicolas Germain Léonard

A Doris 1775 A Eglé 1771 A ma muse 1771 A mes amis 1775 Cantique du matin 1771 Chant premier - L'existence de Dieu 1771 Chant second - La vertu 1771 Chant troisième - L'immortalité de l'âme 1771 Gallus 1775 Idylle cinquième (Nina, Daphné) 1766 Idylle première (Zila, Atis) 1766 Idylle quatrième 1766 Idylle seconde (Mirtis, Damon) 1766 Idylle sixième (Licoris, Sélime) 1766 L'amour filial 1771 L'automne (Licas et Chloé) 1771 L'heureux vieillard 1775 L'hiver (Daphnis) 1771 L'immortalité 1771 L'innocence de l'amour (Lucinde et Zerbin) 1771 L'oiseau (Atis et Zila) 1771 L'orage (Nise et Silvandre) 1771 L'ormeau (Zirphile et Daphnis) 1771 L'été (Damon et Daphné) 1771 La nuit (Itis) 1771 La piété filiale 1775 Le baiser gardé 1775 Le bonheur 1771 Le bouquet (Nina et Daphné) 1775 Le bouquet (Nina et Daphné) 1771 Le chant d'un barde 1775 Le matin (Amintas) 1771 Le midi (Thestile et Daphné) 1771 Le printemps (Eglé et Milon) 1771 Le ruban (Lucette et Mirtil) 1771 Le sacrifice des petits enfants (Mirtil et Chloé) 1775 Le soir (Mirtile) 1771 Les regrets None Les ruses de l'amour (Rosine et Silvarette) 1771 Les serments 1775 Les tombeaux (Damète et Milon) 1775 Les époux (Mirtis et Damon) 1775 Promenade du matin 1775 Soirée d'hiver 1775 Stances sur le bois de Romainville None Sur la mort d'un chien None