← Retour aux poèmes

L'été (Damon et Daphné)

Nicolas Germain Léonard · 1771 · Préromantisme · 18e siècle
«
Damon. « Il est passé, Daphné, ce ténébreux orage : Le tonnerre effrayant n’ébranle plus les airs, Et nous ne voyons plus, sur les flancs du nuage, En longs sillons de feu, serpenter les éclairs. Viens : tu peux sans danger sortir de ton asile ; Regarde autour de toi comme l’air est tranquille : Qu’attendons-nous encor ? Les timides brebis, Que l’effroi rassemblait sous ce toit de feuillages, Se dispersent déjà sur les frais pâturages, Et de leur laine humide agitent les rubis. » Le Berger prit la main de sa jeune compagne, Qui promenait partout ses regards enchantés : « Daphné, lui disait-il, vois combien de beautés, Le retour du soleil répand sur la campagne ! Comme déjà le ciel a repris son azur ! Ce vert en est plus doux ; le jour en est plus pur. Vois-tu, répondait la Bergère, Ce rideau sombre qui s’étend Sur les monts brillants de lumière ? Le voilà qui s’avance au bord de cet étang. Regarde ces forêts dans l’ombre ensevelies… Voilà déjà l’ombre qui fuit, Et le soleil qui la poursuit : Vois, vois comme elle court à travers les prairies. Damon. Vois-tu l’arc éclatant dont les vives couleurs S’impriment sur le fond de cet obscur nuage ? Il semble ranimer la verdure et les fleurs, Et sourire au vallon qu’a respecté l’orage. » Daphné répondit à son tour, En pressant le Berger d’un de ses bras d’albâtre : « Comme sur ces rosiers le papillon folâtre ! Vois le doux zéphir de retour, Secouer les gouttes brillantes, Dont la pluie a mouillé le calice des plantes. Vois jouer dans les airs ces vermisseaux ailés, Qu’agite le soleil par sa chaleur active ; Et cet étang voisin… oh ! comme sur la rive, Des saules d’alentour les rameaux sont perlés ! Comme son cristal pur répète encor l’image Et des cieux azurés et du prochain feuillage ! Damon. Embrasse-moi, Daphné !... quel sublime tableau ! Comment nous exprimer dans ce torrent de joie, Dans ces larmes d’amour où notre âme se noie ? Que tout ce qui m’entoure est beau ! Depuis l’astre éclatant dont les feux chassent l’ombre, Jusqu’au germe caché du plus faible arbrisseau, Tout présente à mes yeux des merveilles sans nombre. Daphné. J’admire aussi, Damon, les rayons d’un beau jour ; J’aime à voir un soir pur, une brillante aurore : Mais le charme de ton amour Ajoute à ces tableaux un nouveau charme encore.

Notes

Recueil: Poésies pastorales. Note: Idylle seconde du livre second. Dans l'édition de 1782, ce poème a pour titre " Vue de la Campagne après une pluie d'été". https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1090874q/f76.item

← Précédent Le printemps (Eglé et Milon) Suivant → L'amour filial

Autres poèmes de Nicolas Germain Léonard

A Doris 1775 A Eglé 1771 A ma muse 1771 A mes amis 1775 Cantique du matin 1771 Chant premier - L'existence de Dieu 1771 Chant second - La vertu 1771 Chant troisième - L'immortalité de l'âme 1771 Gallus 1775 Idylle cinquième (Nina, Daphné) 1766 Idylle première (Zila, Atis) 1766 Idylle quatrième 1766 Idylle seconde (Mirtis, Damon) 1766 Idylle sixième (Licoris, Sélime) 1766 Idylle troisième (Zirphile, Daphnis) 1766 L'amour filial 1771 L'automne (Licas et Chloé) 1771 L'heureux vieillard 1775 L'hiver (Daphnis) 1771 L'immortalité 1771 L'innocence de l'amour (Lucinde et Zerbin) 1771 L'oiseau (Atis et Zila) 1771 L'orage (Nise et Silvandre) 1771 L'ormeau (Zirphile et Daphnis) 1771 La nuit (Itis) 1771 La piété filiale 1775 Le baiser gardé 1775 Le bonheur 1771 Le bouquet (Nina et Daphné) 1775 Le bouquet (Nina et Daphné) 1771 Le chant d'un barde 1775 Le matin (Amintas) 1771 Le midi (Thestile et Daphné) 1771 Le printemps (Eglé et Milon) 1771 Le ruban (Lucette et Mirtil) 1771 Le sacrifice des petits enfants (Mirtil et Chloé) 1775 Le soir (Mirtile) 1771 Les regrets None Les ruses de l'amour (Rosine et Silvarette) 1771 Les serments 1775 Les tombeaux (Damète et Milon) 1775 Les époux (Mirtis et Damon) 1775 Promenade du matin 1775 Soirée d'hiver 1775 Stances sur le bois de Romainville None Sur la mort d'un chien None