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Promenade du matin

Nicolas Germain Léonard · 1775 · Préromantisme · 18e siècle
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Quel charme a pénétré mon cœur ! Je renais avec la nature ! Le doux aspect de la verdure Semble dissiper ma langueur ! Le muguet et le primevère Couronnent le front des côteaux ; La rose embaume les berceaux Couverts des feux de la lumière, Et sur le bords de ces ruisseaux Où le ramier se désaltère, L’aubépine ouvre ses rameaux… Noirs soucis ! un moment fuyez de ma pensée ! Mes yeux contempleront ce tranquille Élysée, Tandis que le soleil s’élève radieux Du sein de la mer écumante, Et laisse flotter dans les cieux Sa chevelure étincelante. Comme à l’ombre des bois ce limpide canal Promène sa nappe ondoyante ! Comme la jonquille tremblante S’incline auprès de son cristal ! Ô fleur aimable et passagère ! Nous n’avons, comme toi, qu’un rapide destin ; Les ans viendront flétrir l’innocente bergère Dont tu vas parfumer le sein. Moi-même, consumé d’une tristesse amère, Je péris, je m’éteins sur des bords étrangers : Bientôt peut-être aux vents légers J’abandonnerai ma poussière. Celle que j’adorais n’est plus : Mes mânes, dans ces lieux, gémiront inconnus, Et sur ma tombe solitaire Les pleurs d’aucun ami ne seront répandus. Ah ! détourne de moi la flèche meurtrière ! Mort cruelle ! épargne mes jours ! Ma sœur n’est pas ici pour fermer ma paupière : Je ne puis d’une tendre mère Implorer les derniers secours. Respecte ma frêle jeunesse ! Quel crime ai-je commis ? je révère les Dieux : Grâces à leur bonté, mon cœur religieux Ne s’est point écarté des lois de la sagesse : Je n’ai point exhalé le blasphème odieux. Si tu comptes mes ans, l’importune vieillesse Ne songe pas encore à blanchir mes cheveux. Quand l’âge dans mon cœur éteindra l'espérance Quand de mes vieux récits j’amuserai l’enfance, Alors il sera temps de passer l’Achéron, Et d’aller visiter l’empire de Pluton : Mais j’ai quelques moments encore À donner aux tendres Amours ; Le feu qui dans mon sein recommence d’éclore, Semble m’annoncer d’heureux jours. Dieux ! laissez un poète à sa douce manie ! Il en est tant parmi les morts ! N’avez-vous pas aux sombres bords Le chantre de Corinne et l’Amant de Délie ? Si vous me conservez, j’irai, dans mes transports, Publier en tous lieux que je vous dois la vie : C’est à l’auguste Poésie Que la gloire ouvre ses trésors ; Vous seriez moins fameux, sans les divins accords De la Grèce et de l’Ausonie. Si mon Eglé vivait, ranimé dans son sein, Je n’aurais plus de vœux à faire : Le nocher ténébreux m’appellerait en vain ; Retenu par Eglé, les arrêts du Destin Ne m’empêcheraient pas de revoir la lumière. Mais vous l’avez frappée, impitoyables Dieux ! Eh ! qui la chantera, si je tombe avec elle ? Qui peindra sa grâce immortelle Sans cesse présente à mes yeux ? Qui peindra le moment où sa tête penchée Se précipitait aux enfers : Lorsqu’on vit du soleil la lumière cachée, Les buissons de larmes couverts, La fleur de sa tige arrachée ; Quand les vents aux bosquets apprirent mes malheurs, Que les bosquets tremblants aux ruisseaux les redirent ; Que de mes longs sanglots les rochers tressaillirent, Et que l’Olympe même en répandit des pleurs ? Ô santé bienfaisante ! écoute ma prière : Mes chants attesteront ton appui salutaire ! Blonde Cérès ! à tes autels Je veux attacher des guirlandes ; Et vous, mes lares paternels ! Vous aurez aussi des offrandes. Un lait pur épanché pour vous, Coulera d’un vase d’argile : Ô mes dieux ! dans mon humble asyle, Je n’ai point d’aliment plus doux. Tu seras célébré, toi qui charmes nos peines ! Dieu du vin ! sur l’Etna, je te peindrai naissant : On verra dans mes vers les armes Indiennes Tomber devant le chœur de tes joyeux Silènes ; Lycurgue t’opposer un délire impuissant, Et Penthée égorgé par sa mère en furie, Du mépris de ton culte expier la folie. Le lierre autour de toi formera des festons ; Je veux orner ton front d’une mitre éclatante, Et ton pied dégagé de ta robe flottante, Au bruit du tambourin, frappera les gazons.

Notes

Recueil: Idylles et poèmes champêtres. https://books.google.fr/books?id=Sfw5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

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