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Quel charme a pénétré mon cœur !
Je renais avec la nature !
Le doux aspect de la verdure
Semble dissiper ma langueur !
Le muguet et le primevère
Couronnent le front des côteaux ;
La rose embaume les berceaux
Couverts des feux de la lumière,
Et sur le bords de ces ruisseaux
Où le ramier se désaltère,
L’aubépine ouvre ses rameaux…
Noirs soucis ! un moment fuyez de ma pensée !
Mes yeux contempleront ce tranquille Élysée,
Tandis que le soleil s’élève radieux
Du sein de la mer écumante,
Et laisse flotter dans les cieux
Sa chevelure étincelante.
Comme à l’ombre des bois ce limpide canal
Promène sa nappe ondoyante !
Comme la jonquille tremblante
S’incline auprès de son cristal !
Ô fleur aimable et passagère !
Nous n’avons, comme toi, qu’un rapide destin ;
Les ans viendront flétrir l’innocente bergère
Dont tu vas parfumer le sein.
Moi-même, consumé d’une tristesse amère,
Je péris, je m’éteins sur des bords étrangers :
Bientôt peut-être aux vents légers
J’abandonnerai ma poussière.
Celle que j’adorais n’est plus :
Mes mânes, dans ces lieux, gémiront inconnus,
Et sur ma tombe solitaire
Les pleurs d’aucun ami ne seront répandus.
Ah ! détourne de moi la flèche meurtrière !
Mort cruelle ! épargne mes jours !
Ma sœur n’est pas ici pour fermer ma paupière :
Je ne puis d’une tendre mère
Implorer les derniers secours.
Respecte ma frêle jeunesse !
Quel crime ai-je commis ? je révère les Dieux :
Grâces à leur bonté, mon cœur religieux
Ne s’est point écarté des lois de la sagesse :
Je n’ai point exhalé le blasphème odieux.
Si tu comptes mes ans, l’importune vieillesse
Ne songe pas encore à blanchir mes cheveux.
Quand l’âge dans mon cœur éteindra l'espérance
Quand de mes vieux récits j’amuserai l’enfance,
Alors il sera temps de passer l’Achéron,
Et d’aller visiter l’empire de Pluton :
Mais j’ai quelques moments encore
À donner aux tendres Amours ;
Le feu qui dans mon sein recommence d’éclore,
Semble m’annoncer d’heureux jours.
Dieux ! laissez un poète à sa douce manie !
Il en est tant parmi les morts !
N’avez-vous pas aux sombres bords
Le chantre de Corinne et l’Amant de Délie ?
Si vous me conservez, j’irai, dans mes transports,
Publier en tous lieux que je vous dois la vie :
C’est à l’auguste Poésie
Que la gloire ouvre ses trésors ;
Vous seriez moins fameux, sans les divins accords
De la Grèce et de l’Ausonie.
Si mon Eglé vivait, ranimé dans son sein,
Je n’aurais plus de vœux à faire :
Le nocher ténébreux m’appellerait en vain ;
Retenu par Eglé, les arrêts du Destin
Ne m’empêcheraient pas de revoir la lumière.
Mais vous l’avez frappée, impitoyables Dieux !
Eh ! qui la chantera, si je tombe avec elle ?
Qui peindra sa grâce immortelle
Sans cesse présente à mes yeux ?
Qui peindra le moment où sa tête penchée
Se précipitait aux enfers :
Lorsqu’on vit du soleil la lumière cachée,
Les buissons de larmes couverts,
La fleur de sa tige arrachée ;
Quand les vents aux bosquets apprirent mes malheurs,
Que les bosquets tremblants aux ruisseaux les redirent ;
Que de mes longs sanglots les rochers tressaillirent,
Et que l’Olympe même en répandit des pleurs ?
Ô santé bienfaisante ! écoute ma prière :
Mes chants attesteront ton appui salutaire !
Blonde Cérès ! à tes autels
Je veux attacher des guirlandes ;
Et vous, mes lares paternels !
Vous aurez aussi des offrandes.
Un lait pur épanché pour vous,
Coulera d’un vase d’argile :
Ô mes dieux ! dans mon humble asyle,
Je n’ai point d’aliment plus doux.
Tu seras célébré, toi qui charmes nos peines !
Dieu du vin ! sur l’Etna, je te peindrai naissant :
On verra dans mes vers les armes Indiennes
Tomber devant le chœur de tes joyeux Silènes ;
Lycurgue t’opposer un délire impuissant,
Et Penthée égorgé par sa mère en furie,
Du mépris de ton culte expier la folie.
Le lierre autour de toi formera des festons ;
Je veux orner ton front d’une mitre éclatante,
Et ton pied dégagé de ta robe flottante,
Au bruit du tambourin, frappera les gazons.