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L’orage, au gré des aquilons,
Promène dans les airs son humide cortège ;
Les fleuves suspendus sont couverts de glaçons ;
Et dans la gorge des vallons,
Je ne vois qu’un tapis de neige,
Où j’ai vu fleurir les gazons.
Mais l’hiver cessera d’attrister la nature.
Que ne puis-je de même, aux rayons d’un beau jour,
Voir s’éloigner les maux dont m’afflige l’Amour !
Sitôt que le printemps ramène la verdure,
La tourterelle dans les bois,
Auprès de son ami, fait résonner sa voix ;
Sur un lit émaillé, l’onde coule et murmure ;
Les cieux, d’un doux éclat paraissent s’animer ;
On entend sur les fleurs soupirer le zéphire :
L’air, la terre, les eaux, et tout ce qui respire,
Annonce le bonheur d’aimer.
Mais le chant des oiseaux, les fleurs de la prairie,
Rien ne peut me guérir de ma mélancolie,
Si le char du soleil quitte le sein des mers,
Je commence ma triste plainte ;
Si du ciel azuré, la nuit couvre l’enceinte,
Par de nouveaux soupirs je fatigue les airs.
Heureux le villageois, quand du haut des montagnes,
Il voit l’obscurité tomber sur les campagnes !
Sa tâche est terminée, il goûte le repos ;
Des aliments grossiers sont rangés sur sa table,
Et le plaisir inaltérable
Lui fait oublier ses travaux.
Pour moi, lorsqu’au front des étoiles
La nuit a déployé ses voiles,
Je rêve à mes tourments, je brûle, je gémis ;
Le sommeil ne m’est plus permis ;
Je me dis quelquefois : quand cesseront mes larmes ?
Quand mes regrets amers n’auront-ils plus de cours ?
Ce fantôme adoré m’accompagne toujours s;
Rien ne peut effacer l’image de ses charmes ;
L’art me prête contre eux d’inutiles secours.
Je revois cette Églé, cette amante fidèle ;
Je la revois encor plus belle ;
Je sens quelque soulagement
Aux pleurs que je verse pour elle.
Eglé ! ma douleur te rappelle !
Hélas ! c’est le seul bien qui reste à ton amant.
Que me fait le jour qui m’éclaire ?
Je n’en jouissais que pour toi :
Que m’importe ce monde où tu n’es plus à moi,
Où ta belle âme est étrangère ?
Du plus vil intérêt on y chérit la loi :
L’univers est peuplé d’une foule vulgaire
Qui ne respire que pour soi ;
Et la sincérité, la tendresse, la foi,
Pour ces cœurs corrompus ne sont qu’une chimère.
Fuyez leurs jeux et leurs concerts !
Éloignez-vous des lieux où brille l'allégresse,
Chers confidents de ma tristesse !
Ô mes vers ! préférez les plus affreux déserts.
Je veux, au fond des bois, égarer ma pensée ;
C’est là que mon amante est partout retracée.
Souvent je crois l’entendre, et ce n’est qu’un ruisseau Qui baigne, en murmurant, les bords de son rivage ;
Souvent je crois la voir, et ce n’est qu’un rameau
Dont les vents agitent l’ombrage.
Assis sur un rocher, et plus morne que lui,
J’invoque, dans mon infortune,
Les astres de la nuit, et le ciel et la lune...
Ils sont sourds, et mon cœur ne trouve point d’appui.
Doux entretiens de ma maîtresse !
Hélas ! qu’êtes-vous devenus ?
Une mère.... un tyran l’arrache à ma tendresse !
Ô Nymphes de ces bois ! vos attraits sont perdus ;
Et vous, qu’embellissait sa vue enchanteresse,
Tombez, arbres, tombez ! vous ne la verrez plus.