«
Heureux les cœurs qu’un doux penchant rassemble !
Mais que l’absence est cruelle à leurs feux !
Nise et Mirtil se faisaient leurs adieux :
Près du départ, ils conclurent ensemble
Qu’à certaine heure, en regardant les cieux,
Ils s’enverraient des baisers amoureux.
De leur douleur on se forme l’image.
Le couple absent fut, pendant tout un mois,
Inconsolable, et c’est un long veuvage !
Au temps marqué, les baisers, chaque fois,
Allaient, venaient, soufflés entre les doigts ;
Et les Zéphyrs se chargeaient du message.
Las, à la fin, de ces baisers perdus,
Le beau Mirtil ne fut plus qu’un volage :
Sur Nise absente, Émire eut l’avantage :
Il oublia l’objet qu’il ne vit plus ;
Étant un jour entre les bras d’Émire,
Il se souvint que dans ce même instant
Nise envoyait son gage à l’inconstant :
À cette idée, il éclata de rire ;
À son récit, sa belle en fit autant :
Elle disait dans sa maligne joie :
Rends-moi soudain les baisers qu’on t’envoie !
Mais savez-vous ce que Nise faisait ?
Elle donnait ses baisers à Silvandre ;
En les donnant, l’infidèle disait :
À mon Berger, charge-toi de les rendre.