«
Hilas fuyait les bergers,
Leurs jeux, leur gaîté champêtre.
Dieux ! sauvez-nous des dangers
Et des maux qu’amour fait naître !
Ayant laissé ses troupeaux,
Et sa flûte et sa houlette,
Il errait loin des hameaux,
Plein de sa douleur secrète.
Les nymphes et les pasteurs,
Par pitié, l’environnèrent.
Les uns lui donnaient des pleurs,
Et les autres le blâmèrent.
D’où venait ce tourment-là ?
Chacun voulait s’en instruire.
Il gémit, il soupira,
Et refusa de le dire.
Nise que rien ne charmait,
Aussi belle qu’inhumaine,
Nise, à son tour, s’informait
De la cause de sa peine ;
Elle en parlait faiblement,
Et son air faisait comprendre
Que même en s’en informant,
Elle craignait de l’apprendre.
Le berger, levant ses yeux
Baignés d’un ruisseau de larmes,
Lui dit : Puissent mes aveux
Ne pas offenser vos charmes !
Je languis depuis le jour
Où vous vîntes dans nos plaines :
Mon cœur prit un fol amour :
C’est vous qui causez mes peines.
Je pardonne à vos discours,
Lui répondit la bergère ;
Mais sur vos feux pour toujours
Promettez-moi de vous taire.
Hilas, à cet ordre affreux,
Qu’il fit le serment de suivre,
Baissa son front douloureux,
Se tut... et cessa de vivre.