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Le midi répandait ses brûlantes ardeurs,
Et Thestile, à l’abri sous un épais feuillage,
D’un sommeil caressant éprouvait les faveurs,
Quand tout-à-coup, sur son visage,
Il sent tomber un nuage de fleurs.
Il s'éveille surpris, aperçoit son amante,
Veut courir dans ses bras, et se trouve enchaîné :
Plus l'obstacle irritait son âme impatiente,
Et plus son embarras faisait rire Daphné.
Tu triomphes, dit-il ; attends, attends, méchante !
Du nœud qui me retient, je vais me dégager,
Et par mille baisers, je saurai me venger.
Oui, dit en souriant la maligne bergère,
Eh bien ! je ne te délirai
Qu'après que tu m'auras juré
De ne point m'embrasser pendant une heure entière.
Thestile y consentit. Daphné disait tout bas :
C'est un serment frivole et qu'il ne tiendra pas ;
Oh ! j’en suis sûre, il va l’enfreindre.
Mais il la punit bien ; car il sut se contraindre.
Elle a beau lui jeter un regard languissant :
Ses yeux, pour cette fois, ont perdu leur empire.
Elle a beau l'appeler, et d'un air agaçant,
Lui serrer la main, lui sourire :
Ce nouveau charme est impuissant.
Berger, dit-elle enfin, je crois l'heure passée :
Non, dit Thestile, à peine est-elle commencée.
Elle attendit encor : mais au bout d'un moment,
L'heure est passée assurément,
Dit-elle avec dépit, et comme un peu lassée :
Oh ! cela ne se peut, répondit le berger.
Eh bien donc, puisqu'il faut que je sois embrassée,
Ne tarde plus à te venger ;
Je te rends ta promesse, et te permets de prendre
Tant de baisers que tu voudras . . .
La bergère à ces mots se penche dans ses bras,
Lui jette un doux regard, lui sourit d'un air tendre :
Thestile ému balance un peu ;
Puis cédant au désir dont l'ardeur le tourmente,
Il applique à sa bouche une bouche de feu,
Et par mille baisers satisfait son attente.