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Le midi (Thestile et Daphné)

Nicolas Germain Léonard · 1771 · Préromantisme · 18e siècle
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Le midi répandait ses brûlantes ardeurs, Et Thestile, à l’abri sous un épais feuillage, D’un sommeil caressant éprouvait les faveurs, Quand tout-à-coup, sur son visage, Il sent tomber un nuage de fleurs. Il s'éveille surpris, aperçoit son amante, Veut courir dans ses bras, et se trouve enchaîné : Plus l'obstacle irritait son âme impatiente, Et plus son embarras faisait rire Daphné. Tu triomphes, dit-il ; attends, attends, méchante ! Du nœud qui me retient, je vais me dégager, Et par mille baisers, je saurai me venger. Oui, dit en souriant la maligne bergère, Eh bien ! je ne te délirai Qu'après que tu m'auras juré De ne point m'embrasser pendant une heure entière. Thestile y consentit. Daphné disait tout bas : C'est un serment frivole et qu'il ne tiendra pas ; Oh ! j’en suis sûre, il va l’enfreindre. Mais il la punit bien ; car il sut se contraindre. Elle a beau lui jeter un regard languissant : Ses yeux, pour cette fois, ont perdu leur empire. Elle a beau l'appeler, et d'un air agaçant, Lui serrer la main, lui sourire : Ce nouveau charme est impuissant. Berger, dit-elle enfin, je crois l'heure passée : Non, dit Thestile, à peine est-elle commencée. Elle attendit encor : mais au bout d'un moment, L'heure est passée assurément, Dit-elle avec dépit, et comme un peu lassée : Oh ! cela ne se peut, répondit le berger. Eh bien donc, puisqu'il faut que je sois embrassée, Ne tarde plus à te venger ; Je te rends ta promesse, et te permets de prendre Tant de baisers que tu voudras . . . La bergère à ces mots se penche dans ses bras, Lui jette un doux regard, lui sourit d'un air tendre : Thestile ému balance un peu ; Puis cédant au désir dont l'ardeur le tourmente, Il applique à sa bouche une bouche de feu, Et par mille baisers satisfait son attente.

Notes

Recueil: Poésies pastorales. Note: Idylle seconde du livre premier. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1090874q/f22.item Note: Ce poème, légèrement modifié, sera représenté dans "Idylles et poèmes champêtres" en 1775, sous le titre "La vaine promesse". https://books.google.fr/books?id=Sfw5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false Ici la version de 1782 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1087911/f9.item.texteImage

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