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Je ne veux point, comme Apollon,
De mes doctes accords charmer la Thessalie :
Je borne mon ambition
À flatter de mes vers ton oreille attendrie :
C’est pour toi que l’Amour conduit ma rêverie
Aux bois sacrés de l’Hélicon.
Jeune beauté ! chéris les Nymphes du Permesse,
Et leur fidèle nourrisson !
Dans ce siècle d’argent, tout vole à la richesse :
Hélas ! le temps n’est plus, où, pour une chanson,
On obtenait une maîtresse.
Auprès des bords fleuris où fuit le Mincio,
Virgile nous apprit, sur sa flûte légère,
Qu’il suffit pour séduire une jeune Bergère,
De dix pommes et d’un chevreau.
Ah ! loin, loin de nos cœurs un amour mercenaire.
Je ne suis point assis sur des lambris dorés ;
Je ne possède point de fertiles campagnes :
Mais sous mon humble toit mes jours sont ignorés,
Et les Muses sont mes compagnes.
De l’ardent Sirius je puis braver les feux :
Sous l’ombre épaisse d’un feuillage
Que baignent des flots écumeux,
Puissé-je t’y presser sur mon sein amoureux !
Quand je n’aurais pour lit que la mousse sauvage
Mon repos, à ce prix, serait délicieux.
Les tapis fastueux plaisent-ils davantage
Que le gazon foulé par les amants heureux ?
Qu’un autre soit saisi d’une sublime extase
À l’aspect des forêts qui chargent le Caucase !
Qu’est-ce que l’univers auprès de mon amour ?
Oui, l’amour me tient lieu de richesses du monde.
Que Doris à ma foi s’abandonne un seul jour !
Le Pactole, à mes pieds, viendra rouler son onde.
Si nous ne connaissons qu’un délire amoureux,
Le fer ne serait pas l’instrument de nos crimes ;
La mer ne verrait pas ses flots tumultueux
Rougir du sang de nos victimes,
Et nos vaisseaux chargés de guerriers furieux
N’iraient pas foudroyer des peuples malheureux,
Que séparaient de nous les plus vastes abîmes.
Aimons, Doris ; l’Amour peut-il blesser les Dieux ?
Vas ! ses plaisirs sont légitimes.
Chaque soleil achève et reproduit son tour ;
Mais la volupté fugitive
Nous abandonne sans retour,
Et l’éternelle nuit arrive :
La jeunesse s’enfuit pour ne plus revenir.
Contemple ces ramiers, et prends-les pour modèles :
Ils ne craignent point d’infidèles :
Le véritable amour ne peut jamais finir.
On verra le soleil avant, que je t’oublie,
Atteler à son char les coursiers de la nuit,
Et la terre changer la semence du fruit
Que le Laboureur lui confie.
Vois ces feuilles tomber de leur branche flétrie !
À leur exemple, hélas ! tout tombe et se détruit :
Mais mon amour vivra ; j’en jure par mon père !
J’en atteste sa cendre et celle de ma mère !
Que leurs mânes vengeurs, si je trahis ma foi,
Du fond de leurs tombeaux s’élèvent contre moi !