«
De nos amours j’abandonne l’asile.
Adieu, Lisette ! adieu, tous mes beaux jours !
Le sort jaloux me rappelle à la ville.
Tu 1’as promis ; songe à m’aimer toujours.
Loin du vallon chéri de la nature,
Où j’adorais tes champêtres appas,
J’irai languir au sein de l’imposture.
Qu’ils m’ennuieront ces lieux où tu n’es pas !
Combien de fois, dans leurs bruyantes fêtes,
Je vais penser à ton petit hameau,
À nos chansons, aux danses sous l’ormeau,
Aux fleurs des prés qui couronnaient nos têtes !
Née au village, ingénue et sans art,
Dis-moi quel dieu t’avait instruite à plaire,
Quand tu parais d’un bouquet de bergère
Tes beaux cheveux qui flottaient au hasard ?
Qui te rendra la timide innocence
De tes quinze ans, où le cœur est si pur,
Ces yeux naïfs, où tu m’offrais l’azur
D’un ciel d’été, ces grâces de l’enfance,
Et la pudeur, ce fard de la beauté,
Qui sur ton teint peignait la volupté ?
Ressouviens-toi du jour où le mystère
Favorisa nos furtives amours,
Quand tu t’armas d’ingénieux détours,
Pour échapper aux regards de ta mère.
Tu fis serment de me garder ta foi :
C’est pour moi seul que tu dois être belle.
Mais, vain espoir ! quand je serai loin d’elle,
Lisette, hélas ! pensera-t-elle à moi ?
Rediras-tu ces tendres chansonnettes
Que j’écrivais en sortant de tes bras,
Où quelquefois mes rimes peu discrètes
Ont révélé nos folâtres ébats ?
Si tu revois ces bosquets où l’aurore
Nous a surpris enivrés de nos jeux,
Songe qu’un jour nous y fûmes heureux,
Et de tes pleurs arrose-les encore.