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Daphnis.
Sombre hiver ! malgré ta froidure,
Que tu souris à mes regards !
Quelle clarté brillante et pure
Le soleil prête à ses brouillards
Dont s'enveloppe la nature !
Quel beau mélange offrent ces grains
Dans la pointe paraît à peine,
Ces noires souches de sapins
Coupant la blancheur de la plaine,
Ces perles que le vent promène
Sur les rameaux de nos buissons,
Et cette neige éblouissante,
Sur qui la lumière naissante
Fait étinceler ses rayons !
Dans leurs étables enfumées,
Les troupeaux reposent en paix,
Tandis qu'emportant des forêts
Sa lourde charge de ramées,
Le bœuf, au milieu des frimas,
Imprime tristement ses pas.
Je n'entends plus sur sa musette
Le Berger chantant ses amours,
Ni la matineuse fauvette
Qui me charmait dans les beaux jours :
Mais près de moi je vois encore
Le roitelet et le moineau,
Voler au lever de l'aurore,
Et béqueter le vert nouveau,
Dont la campagne se colore.
Que j'aime à reposer mes yeux
Sur le toit de ma jeune amante,
D'où cette vapeur ondoyante
Monte en noirs sillons vers les cieux !
Là, s'occupant de moi peut-être,
Assise auprès de son foyer,
Lisis aspire à voir renaître
Le premier bouton printanier.
Ô ma Lisis ! que tu m'es chère !
Je t'aimai du jour que Glicère
Égara deux de ses agneaux :
Tu voyais sa douleur amère
Et tu donnais à la Bergère
Deux de tes agneaux les plus beaux.
Pendant la saison orageuse,
Je veux sur ma flûte amoureuse
Former pour toi de tendres airs
Ô Lisis ! puissent mes concerts
Être aussi doux que ta pensée,
Quand des malheureux que tu sers
L'image à tes yeux s'est tracée !
Notes
Recueil: Poésies pastorales.
Note: Idylle quatrième du livre second. Dans l'édition de 1775, seuls les deux premiers vers seront modifiés: "Que l’hiver, malgré sa froidure, Semble sourire à mes regards !"
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1090874q/f85.item