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Sous les saules tremblants qui bordent cette rive,
Je suspens pour toujours mes chalumeaux légers.
Repose-toi, Muse naïve !
Adieu troupeaux ! adieu Bergers !
Je ne reverrai plus les charmantes nuitées,
Où près de ma Maîtresse, assis sur des gazons,
Je lui répétais mes chansons
Qu’amour lui-même avait dictées.
Serais-je donc sorti de cet âge enchanteur,
Où j’osais caresser une tendre folie,
De cette aurore de ma vie,
Qu’éclairaient les feux du bonheur ?
Âge heureux !... des plaisirs l’illusion divine,
De l’univers qui s’ouvre, embellit le tableau :
L’Amour alors est sans bandeau,
Et la volupté sans épine.
Ah ! puissè-je du moins, déserteur des Cités,
Et loin du tourbillon des passions humaines,
Revoir quelquefois les fontaines,
Et les berceaux que j’ai quittés !
Que je respire encor au sein de la Nature !
Si ma félicité ne peut plus revenir,
Ces lieux m’en feront souvenir :
Je jouirai de sa peinture.