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J’aurais déjà laissé la lumière ennemie,
Si l'espoir ne m’aidait à supporter la vie !
L’espoir nourrit le laboureur ;
L’espoir confie aux champs la semence féconde ;
Il attire, il conduit dans un piège trompeur
Les habitants des airs et le peuple de l’onde.
Doux espoir ! devant toi les cachots sont ouverts,
Et tu suis le captif qui chante au bruit des fers...
Mais le temps pourrait-il ramener dans sa course
Les jeux charmants que j’ai perdus ?
On verrait les ruisseaux retourner à leur source
Plutôt qu’une infidèle aux nœuds qu’elle a rompus.
Ô voyage fatal ! ô jour que je déteste !
Trois fois, à son départ, j’ai consulté les dieux,
Trois fois, ils m’ont prédit un avenir funeste ;
Et le vol des oiseaux, et la voûte céleste
N'offraient que malheur à mes yeux.
Je ne désire point la mort de l’inconstante ;
Mais c’est toi que je livre aux tourments des enfers,
Vil ravisseur de mon amante !
Puisses-tu t’abreuver des sucs les plus amers,
Et dans l’horrible accès d’une faim dévorante,
Arracher aux tombeaux la pâture des vers !
Que ton cercueil impur soit hérissé d’épines,
Et que les cris du chien des morts
Repoussent loin des sombres bords
Tes mânes dévoués aux vengeances divines !
Si vous la revoyez, amis, dites-lui bien
Que pour elle aujourd’hui mon cœur ne sent plus rien !
Puisse-t-elle être heureuse au sein de la richesse !
Les Muses ne la donnent pas.
Doris n’eût trouvé dans mes bras
Que le plaisir et la tendresse.
Fille trop aveuglée ! où cherches-tu l’amour ?
Est-il connu de l’opulence ?
Un cœur blasé de jouissance
Peut-il te payer de retour ?
Ah ! qu’un amant pauvre est plus tendre !
Pauvre, il te servirait dans ses foyers obscurs ;
Il conduirait tes pas chez quelques amis sûrs ;
Dans la route, il irait t’attendre :
Pauvre, tu le verrais, d’une soigneuse main,
Au travers des buissons te frayer un chemin.
Si l’immortalité pouvait te faire envie,
La lyre d'Apollon sait dispenser la vie.
Le temps ronge sans bruit, dans leur froid monument,
Des peuples entiers qu’on oublie ;
Et les vers de Catulle à l’oiseau de Lesbie,
La font vivre éternellement.
Mais qu’importe le chant des nymphes du Permesse
Et de leur docte nourrisson ?
Hélas ! le temps n’est plus, où pour une chanson
On obtenait une maîtresse.
Près du bord pastoral où fuit le Mincio,
Déjà Virgile a dit sur sa flûte légère,
Qu’il suffit, pour séduire une faible bergère,
De dix pommes et d’un chevreau.
Quel est donc ce rival qui profane ta couche ?
Je l’ai vu, la vieillesse a courbé ses genoux :
Le doux plaisir qu’il effarouche
S’éloigne avec horreur de ses regards jaloux,
Et son souffle ennemi fait pâlir sur ta bouche
Les baisers que l’amour n’enflammait que pour nous.
Je t’en avertissais dans mes vives alarmes :
Ne vends point tes faveurs ; l’or ne peut mériter
Les transports de l’amour, et sa joie et ses larmes ;
Vénus ne sourit point à celles dont les charmes
S’abandonnent aux mains qui daignent l’acheter.
Eh ! qui mit sur ton front cette audace étrangère ?
Où sont tes modestes atours,
Ce teint où respirait ta fraîcheur printanière,
Et ces fleurs, ces rubans, ce chapeau de bergère,
Qui te paraient dans les beaux jours ?
Crois-tu que le bonheur te suivra dans les cours,
Qu’avec l’or tu sauras mieux plaire,
Et que la foule des amours
Qui dansait avec toi sur des lits de fougère,
Sous de riches lambris t’escortera toujours ?
Non ! ne t’en flatte pas ! ces hautes pyramides
Qui portent jusqu’aux cieux la vanité des rois,
Ces fastueux tombeaux tout peuplés d’urnes vides,
Du temps qui les détruit n’ont pu braver les lois :
Le temps sur une belle imprime aussi des rides ;
Un jour il fanera les lys de ton printemps :
Trop heureuse de fuir, dans l’hiver de tes ans,
Sous nos rustiques toits que ta fierté méprise !
Un fuseau dans les mains, près d’une lampe assise
Tu gémiras alors, et trop tard supplié,
L’Amour rejettera les vœux d’une coupable ;
Alors de tes amants la troupe inexorable,
De ses ris insultants te suivra sans pitié,
Sans qu’une seule voix dise : Elle fut aimable.
Mais sur ton front décoloré
Quand tu verras blanchir la tresse
Dont il est maintenant paré,
Et lorsqu’avec les fleurs de la belle jeunesse
Ton cœur perdra l’orgueil dont il fut enivré,
Rapporte-moi ce cœur ! sois encor ma maîtresse !
Je devrais te haïr, et je l’avais juré ;
Mais si je le puis, j'oublierai
Ton inconstance et ma promesse.