«
Sous un myrte fleuri, Silvarette et Rosine
S’entretenaient de leurs amants.
Un jour, dit Silvarette, un beau jour de printemps,
Daphnis devait se rendre à la grotte voisine :
Je promis de l’y joindre ; il m’attendit longtemps ;
J’arrive enfin, sans fleurs, ma guirlande brisée,
Mes rubans en désordre, et les cheveux épars :
« Berger, dis-je en baissant mes timides regards,
« Damon m’a retenue, et l’heure s’est passée.
« Je voulais m’échapper, pour voler sur tes pas :
« Je n’ai point eu de paix qu’il ne m’ait embrassée. »
Mon jaloux murmurait tout bas ;
Mille soupçons cruels agitaient sa pensée.
Il me fuit ; je l’appelle ; il ne m’écoute pas :
L’instant d’après, il vient avec un air farouche,
Et voyant un enfant qui jouait dans mes bras,
Le reproche déjà s’échappait de sa bouche.
Méchant, lui dis-je alors, murmure une autre fois ;
Ce Damon qui t’alarme… est l’enfant que tu vois.
J’ai bien ri certain jour, disait l’autre Bergère :
Mirtil assis près d’un buisson,
Entendit prononcer son nom
Par une voix douce et légère.
Veux-tu m’aimer ? lui dit la voix,
Je suis une brune charmante.
Non, s’écria Mirtil ; on n’aime qu’une fois,
Et j’ai Rosine pour amante.
Pourrais-tu voir, sans t’enflammer,
Mes yeux noirs, mon teint frais et ma bouche mignonne ?
Quand tu serais Vénus, pardonne
Je ne puis, reprit-il, non, je ne puis t’aimer.
Et la voix poursuivit encore :
Ingrat ! la beauté qui t’adore,
Fera désormais ton tourment :
Elle t’enlèvera ta brebis la plus chère.
Prends même le troupeau ; je crains peu ta colère :
Que Rosine me reste, et je serai content.
Tu la perdras, allait-on dire ;
Mais la voix s’interrompt par un éclat de rire :
Mirtil est furieux ; il accourt… c’était moi.
Trompeuse, me dit-il, quelle était ton envie ?
Pouvais-tu douter de ma foi ?
Quand on t’aime un seul jour, c’est pour toute la vie.