← Retour aux poèmes

Les ruses de l'amour (Rosine et Silvarette)

Nicolas Germain Léonard · 1771 · Préromantisme · 18e siècle
«
Sous un myrte fleuri, Silvarette et Rosine S’entretenaient de leurs amants. Un jour, dit Silvarette, un beau jour de printemps, Daphnis devait se rendre à la grotte voisine : Je promis de l’y joindre ; il m’attendit longtemps ; J’arrive enfin, sans fleurs, ma guirlande brisée, Mes rubans en désordre, et les cheveux épars : « Berger, dis-je en baissant mes timides regards, « Damon m’a retenue, et l’heure s’est passée. « Je voulais m’échapper, pour voler sur tes pas : « Je n’ai point eu de paix qu’il ne m’ait embrassée. » Mon jaloux murmurait tout bas ; Mille soupçons cruels agitaient sa pensée. Il me fuit ; je l’appelle ; il ne m’écoute pas : L’instant d’après, il vient avec un air farouche, Et voyant un enfant qui jouait dans mes bras, Le reproche déjà s’échappait de sa bouche. Méchant, lui dis-je alors, murmure une autre fois ; Ce Damon qui t’alarme… est l’enfant que tu vois. J’ai bien ri certain jour, disait l’autre Bergère : Mirtil assis près d’un buisson, Entendit prononcer son nom Par une voix douce et légère. Veux-tu m’aimer ? lui dit la voix, Je suis une brune charmante. Non, s’écria Mirtil ; on n’aime qu’une fois, Et j’ai Rosine pour amante. Pourrais-tu voir, sans t’enflammer, Mes yeux noirs, mon teint frais et ma bouche mignonne ? Quand tu serais Vénus, pardonne Je ne puis, reprit-il, non, je ne puis t’aimer. Et la voix poursuivit encore : Ingrat ! la beauté qui t’adore, Fera désormais ton tourment : Elle t’enlèvera ta brebis la plus chère. Prends même le troupeau ; je crains peu ta colère : Que Rosine me reste, et je serai content. Tu la perdras, allait-on dire ; Mais la voix s’interrompt par un éclat de rire : Mirtil est furieux ; il accourt… c’était moi. Trompeuse, me dit-il, quelle était ton envie ? Pouvais-tu douter de ma foi ? Quand on t’aime un seul jour, c’est pour toute la vie.

Notes

Recueil: Poésies pastorales. Note: Idylle neuvième du livre second. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1090874q/f109.item

← Précédent Cantique du matin Suivant → Le bonheur

Autres poèmes de Nicolas Germain Léonard

A Doris 1775 A Eglé 1771 A ma muse 1771 A mes amis 1775 Cantique du matin 1771 Chant premier - L'existence de Dieu 1771 Chant second - La vertu 1771 Chant troisième - L'immortalité de l'âme 1771 Gallus 1775 Idylle cinquième (Nina, Daphné) 1766 Idylle première (Zila, Atis) 1766 Idylle quatrième 1766 Idylle seconde (Mirtis, Damon) 1766 Idylle sixième (Licoris, Sélime) 1766 Idylle troisième (Zirphile, Daphnis) 1766 L'amour filial 1771 L'automne (Licas et Chloé) 1771 L'heureux vieillard 1775 L'hiver (Daphnis) 1771 L'immortalité 1771 L'innocence de l'amour (Lucinde et Zerbin) 1771 L'oiseau (Atis et Zila) 1771 L'orage (Nise et Silvandre) 1771 L'ormeau (Zirphile et Daphnis) 1771 L'été (Damon et Daphné) 1771 La nuit (Itis) 1771 La piété filiale 1775 Le baiser gardé 1775 Le bonheur 1771 Le bouquet (Nina et Daphné) 1775 Le bouquet (Nina et Daphné) 1771 Le chant d'un barde 1775 Le matin (Amintas) 1771 Le midi (Thestile et Daphné) 1771 Le printemps (Eglé et Milon) 1771 Le ruban (Lucette et Mirtil) 1771 Le sacrifice des petits enfants (Mirtil et Chloé) 1775 Le soir (Mirtile) 1771 Les regrets None Les serments 1775 Les tombeaux (Damète et Milon) 1775 Les époux (Mirtis et Damon) 1775 Promenade du matin 1775 Soirée d'hiver 1775 Stances sur le bois de Romainville None Sur la mort d'un chien None