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Sur la côte bretonne, il est une légende
Que les marins, en mer, les pâtres, dans la lande,
Les fileuses, le soir, redisent bien souvent,
Surtout quand la mer gronde et que rugit le vent.
Écoute ! la voici dans sa candeur naïve,
Sur le rythme des flots déferlant à la rive.
Sur le sable d'or de la grève immense,
La main dans la main, ils allaient, tous deux ;
Un blond chérubin, leur seule espérance,
Un blond chérubin courait devant eux,
Sur le sable d'or de la grève immense.
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
L'enfant jette un cri ! Sa mère s'élance !
Son petit pied nu, son petit pied blanc
Qu'il posait partout et sans défiance,
Vient de s'enfoncer dans un trou béant :
L'enfant jette un cri ! Sa mère s'élance !
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
Elle a pris l'enfant !... son bras le soulève !
Sur le sol mouvant que leur poids est lourd !
Plus profonde encor se creuse la grève...
L'époux les a vus et vite il accourt !
Elle a pris l'enfant !... son bras le soulève !
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
Il les a saisis dans sa forte étreinte
Et tient son fardeau bien haut suspendu :
« Allons ! bon espoir ! femme, sois sans crainte,
Je suis là, regarde ! et rien n'est perdu... »
Il les a saisis dans sa forte étreinte.
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
« Monte et soutiens-toi sur mes deux épaules,
Femme, du rivage on t'apercevra :
C'est dimanche ! On va danser aux vieux saules,
Et pour nous sauver chacun accourra :
Monte et soutiens-toi sur mes deux épaules... »
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
Hélas ! il fléchit sous la double charge,
Il n'a plus de force et plus de ressort ;
La tombe se creuse, encore plus large :
C'en est fait ! tous trois entrent dans la mort...
Hélas ! il fléchit sous la double charge.
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
Tout, dans le limon, vient de disparaître !...
Passe Gabriel, l'ange le plus beau ;
Il voit les cheveux du cher petit être
Emergeant encor de l'affreux tombeau :
Tout, dans le limon, vient de disparaître !...
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
Il enroule un doigt dans leurs boucles fines,
Soulève l'enfant... et repart aux cieux.
Mais qu'entraîne-t-il aux voûtes divines ?
Qui monte avec lui ?... trois corps glorieux !!!
Il enroule un doigt dans leurs boucles fines.
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !
Trois corps composant une chaîne étrange
D'anneaux enlacés même dans la mort ;
Soudés l'un à l'autre et conduits par l'Ange,
Ils entrent ensemble au céleste port :
Elle est avec Dieu cette chaîne étrange !
Béni, béni soit l'Ange Gabriel,
Qu'il nous ouvre un jour les portes du ciel !