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Ils vont partir,
Ils vont partir !
Que pas un cri, pas une injure
Ne les escortent au départ.
Souffrons en silence, à l'écart,
Souffrons la dernière torture.
Ils vont partir,
Ils vont partir !
L'ordre est donné. — Dans sa jactance,
L'heureux vainqueur d'orgueil bouffi,
Porte encore un sanglant défi
À notre malheureuse France.
Qui le croirait ? c'est en plein jour,
Drapeaux au vent, musique en tête
Qu'il va sortir par le faubourg.
Quel triomphe ! ah! la belle fête !
Ils vont partir,
Ils vont partir !
Midi ! — La fanfare résonne
Et les tambours battent aux champs !
Aussitôt les lourds Allemands
Se massent en forte colonne.
Leur chef a poussé trois hurrahs
En levant par trois fois son sabre ;
Le voilà qui s'avance au pas
Sur son fier coursier qui se cabre.
Ils vont partir,
Ils vont partir !
Bientôt le défilé se forme :
À l'avant-garde les uhlans
Suivis des cuirassiers brillants,
Artilleurs au sombre uniforme ;
Enfin, conduits par des enfants
Dont on chercherait la moustache
Des bataillons de vétérans
Qu'on fait marcher... à la cravache.
Ils vont partir,
Ils vont partir !
Ils s'avancent au son du fifre,
Ces vautours qui, pendant trois ans,
De leur bec ont fouillé nos flancs.
Qui pourrait en dire le chiffre ?...
Ils ont pris le plus long détour,
Que ne l'ont-ils fait dès l'aurore ?
Car lorsque vient la fin du jour,
Ils passent, ils passent encore.
Ils vont partir,
Ils vont partir!
Vainement, dans toute la ville,
Ils quêtent l'adieu du départ ;
Pour leur jeter même un regard,
Il n'est pas une âme assez vile.
Nous avons, tous, de nos maisons
Verrouillé fenêtres et porte,
Et leur fanfare de ses sons
N'éveille pas la ville morte.
Ils vont partir,
Ils vont partir !
Dans un immense cimetière
Leur général croyant passer,
A donné l'ordre de cesser
Aussitôt la marche guerrière.
Ils ont replié les drapeaux.
— Simple mesure de prudence ! —
Qui sait ? peut-être ces tombeaux
Cachent le vengeur de la France !
Ils vont partir,
Ils vont partir !
Leur dernier bataillon traverse
Le pont-levis et le fossé.
Tout est dit !... leur règne est passé !...
Derrière eux s'abaisse la herse...
Tandis qu'au sommet du rempart,
Un vieux soldat, la face blême,
Plantant notre cher étendard,
Leur jette un sanglant anathème.
Ils sont partis,
Ils sont partis !
Des cloches, soudain, la volée
Sonne notre nouveau réveil ;
Demain, aux rayons du soleil,
Renaîtra la France accablée ;
Partout la brise du bonheur
Agite drapeaux, oriflammes,
Le sol où dormit le vainqueur
S'épure sous des jets de flammes!
Ils sont partis,
Ils sont partis !