«
Quand tout Paris sommeille encore,
Avant que la naissante aurore
Se montre à l'horizon lointain,
Diligentes, laborieuses,
Voyez les rudes travailleuses
Debout, les armes à la main.
Toutes, par couples, par escouades,
S'aident, en bonnes camarades
Et font simplement leur devoir ;
Mais, quand l'inspecteur de police
Passe, à l'heure de son service,
C'est alors qu'il fait bon les voir.
Les unes redressant leur taille,
Vrais troupiers avant la bataille,
Les autres fronçant les sourcils :
Que n'as-tu, vaillante milice,
Pour la revue et l'exercice,
Au lieu de balais,... des fusils !
Hiver comme été, dans les rues,
Vétérans et jeunes recrues
Bravent le froid et les chaleurs,
Un bout de fichu sur la tête ;
Mais, devant lui, chacun s'arrête,
Car il porte nos trois couleurs !
Les trois couleurs de la patrie,
Drapeau qu'en sa forfanterie
Le vainqueur crut anéantir,
Et qui chaque jour se relève,
Ainsi qu'un arbre plein de sève,
Car il a pour lui... l'avenir !
O belles filles de l'Alsace !
Si vos traits conservent la trace
D'un épouvantable malheur,
Vous avez sauvé du naufrage
Un double et superbe héritage :
Le patriotisme et l'honneur.
Vous savez repousser l'injure ;
Dédaignant bijoux et parure
Contre un honteux engagement,
Votre réponse est toujours prête :
« J'aimerai, car je suis honnête,
« Un époux, jamais un amant. »
. . . . . . . . . . .
Souvent, quand passe l'hirondelle,
Leur triste cœur part avec elle,
Là-bas, là-bas, vers l'orient ;
Souvent aussi, vers le nuage,
Qui va du côté du village,
Leurs yeux se lèvent, en priant.
Puis quand vient la fin de septembre,
Le vingt-huit, on voit, dans leur chambre,
Un buste par leurs mains voilé :
C'est Strasbourg! — La pâle asphodèle,
Mêlée à la triste immortelle,
Orne son front immaculé.
Et plus ardente est leur prière
Qui vole jusqu'à la frontière,
Vers ce Rhin sans cesse irrité
De voir, de sentir à sa rive
L'Alsace, martyre et captive,
Revendiquant sa liberté.