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Les dernières cartouches !!!
. . . . . . . . . . . .
De nos soldats-géants, Renommée aux cent bouches,
Tu rediras les noms et l'insigne valeur ;
Mais pour te consacrer, épouvantable lutte,
Pour immortaliser ta dernière minute,
Il fallait plus qu'un peintre... il fallait un grand cœur !
Cernés, traqués, bloqués par d'innombrables troupes,
Marins, Turcos, Chasseurs, se sont rués, par groupes,
Et mis bien à couvert dans un méchant réduit.
Là, sur le Bavarois qui s'irrite, s'acharne,
Ils font un feu plongeant, et la moindre lucarne
Vomit un plomb fatal que la haine conduit.
Oh ! les nobles héros ! les figures altières !
Des matelas troués servent de meurtrières,
Et là, comme à l'affût, le plus mauvais tireur
Guette, choisit et frappe à coup sûr sa victime.
Brusquement arrêté, l'ennemi se décime ;
Dans ses rangs affolés a passé la terreur.
Trois heures a duré l'affreuse boucherie !
Mais d'où vient ce bruit sourd ?... C'est une batterie
Qui s'approche... qu'on braque. Horreur ! c'est le canon
Qui va parler en maître et clore le grand drame :
« Mes enfants, dit le chef, vous savez le programme ;
» Pas un ne l'oubliera, j'y compte ; tenons bon ! »
Ils tiennent!!! — Un obus a crevé la toiture,
Tué six défenseurs. Dans l'atmosphère obscure
Passent de gros jurons : Ventrebleu ! Sacrebleu !
Puis, parmi les débris, en rampant sur les dalles...
Où viennent s'aplatir et ricocher les balles,
On se cherche... ou se trouve... et l'on reprend le feu.
Labourant le plafond, égratignant la pierre.
Chaque balle se fait doublement meurtrière ;
Ou dirait qu'elle veut, en les frappant au dos,
Flétrir de nos soldats la vaillante conduite,
Prouver que la plupart sont atteints dans la fuite,
Inscrire le mot : lâche ! au front de ces héros.
. . . . . . . . .
Mais, soudain, le feu cesse, et, dans toutes les bouches
Passe un mot désolé, navrant : Plus de cartouches !
On fouille, alors, les morts ; on fouille les mourants :
Un zouave accroupi, l'épaule fracassée,
Un marin qui soutient sa main gauche brisée
Avec son autre main... et râle entre ses dents.
Vivat !!! dix coups encor ! Par coup, une victime
Dans les rangs Bavarois ! D'un accord unanime,
Quand il ne reste plus une lueur d'espoir,
Le fusil est remis à la main la plus sûre,
Et dix fois il s'abat, et, par une embrasure,
Lance dix fois la mort sur le tourbillon noir.
C'est ce fatal instant, l'épisode suprême
Qui grandit le soldat plus que le diadème,
Artiste sans rivaux qu'a choisi ton pinceau :
Cet instant où l'attaque est plus que lâche... impie ;
Où toits, meubles, cloisons convertis en charpie
S'entassent dans la chambre et ne font qu'un monceau.
L'instant où, résigné, la main dans une poche,
Un Chasseur désarmé sent la mort qui s'approche
Et l'attend de pied ferme, adossé contre un lit ;
Où le chef appuyé sur une vieille armoire,
Œil fixe, cou tendu, refuse encor de croire
Que de l'affreux combat le dernier mot est dit.
. . . . . . . . .
Ô toi, de nos revers, trop poignant interprète,
Achève l'épopée! Un jour, que ta palette
À ces scènes d'horreur donne un digne pendant !
Tu nous y montreras la fin de la bataille,
Et, brûlé par la poudre, affrontant la mitraille,
Au seuil de la maison, le brave commandant :
« Frappez ! Pour mes soldats je m'offre en holocauste, »
Dit-il ; quand, tout à coup, s'élançant de son poste,
Un des chefs ennemis l'a saisi dans ses bras,
Le couvre de son corps... refuse son épée,
Et contenant sa troupe, autour de lui groupée :
« Respectez un héros, mes amis ; armes bas ! »
Noble trait, dont la Prusse a raison d'être fière !
Mais combien en eût-il fallu, dans cette guerre,
Pour nous faire oublier sa vile agression !
Tandis que le vieillard, l'enfant à la mamelle,
Chaque âge enfin t'adjure, ô Justice éternelle !
De lui faire subir la loi du talion.