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Cherchant en vain la lumière,
Les deux pieds dans la poussière,
L'aveugle, au bord du chemin,
Tend une main suppliante
Au flot qui passe et qui chante,
Sans souci du lendemain.
Il tourne la manivelle
D'un orgue... souvent rebelle,
Qui s'attarde à tout moment,
Et qui confond et qui mêle
La joyeuse ritournelle
Et les airs d'enterrement :
Le chant d'adieu du Trouvère,
Puis Malbrough s'en va-t-en guerre,
Le Premier Jour de bonheur,
Que sais-je ? une mosaïque !
Noël ? céleste cantique !
O ma belle, à toi mon cœur !
De sa funeste aventure
La flamboyante peinture
Est suspendue à son cou ;
Mais, devant l'horrible drame,
À peine la grande dame
Parfois jette-t-elle... un sou !
Cependant son vieux caniche,
Droit comme un saint dans sa niche,
À tout venant fait le beau ;
Il bat l'air de ses deux pattes,
Prend des airs aristocrates,
Drapé dans un vieux lambeau.
Pauvre chien ! pauvre Moustache !
Tous les jours, la même tâche !
Triste esclave du devoir,
Grâce à toi, dans la sébile
Le pain du maître et l'asile
Se retrouvent chaque soir.
Vois-tu ces bandes joyeuses,
En toilettes tapageuses,
Qui descendent le coteau ?
Bon espoir!... Recette chiche :
Pour l'aveugle et le caniche,
Tout au plus du pain... de l'eau !
Pourtant c'est fête au village :
En plein vent grand étalage
De faïences, de cristaux ;
Panoramas et féeries,
D'engageantes loteries
Et des jongleurs de tréteaux !
Partout on entre, on s'amuse,
Et du tir à l'arquebuse
On passe, en quelques instants,
À l'hercule, à la géante
Qui pèse trois cent cinquante,
Puis au charmeur de serpents. —
Mais la nuit tombe. — Les belles
Quittant les sombres tonnelles,
Vers Paris vont s'envoler.
O ciel ! un galant leur manque !
La femme d'un saltimbanque,
Pour sûr, vient de le voler !
Non. Sous la sale courroie,
Et tel qu'un roseau qui ploie,
Voici leur gai compagnon !
C'est bien lui ! Sa silhouette
Se dessine, ferme et nette,
Près d'un mourant lumignon.
À ses côtés se pavane
Tom..., pur sang de la Havane,
Qui, sous un brillant plumet,
Prend une grotesque pose
Et tire sa langue rose
Entre ses vingt dents de lait.
Son maître a la main fiévreuse ;
Il trouve une veine heureuse,
Tous airs du même fagot :
Sur le cylindre mobile
Passent refrains de Mabille,
Grand chœur de Madame Angot.
Et trop petite est la coupe,
Car la charitable troupe
La remplit en un moment ;
Les gros sous, la pièce blanche,
Tombent comme l'avalanche
Sur le poussif instrument.
Oh ! la splendide recette !
Un beau louis la complète :
Pour six mois voilà du pain !
Notre aveugle est dans l'extase :
« Allons, mon vieux, point de phrase,
Adieu... jusqu'à l’an prochain ! »