← Retour aux poèmes

De ciel en terre

Ernest Ameline · 1878 · Parnasse · 19e siècle
«
« De l'aigle vous avez la puissante envergure : Montez, me disiez-vous, planez sur la nature, Fixez sur le soleil un œil audacieux, Plus haut encor ! Frappez à la voûte des cieux ! Et n'ayez désormais qu'une pitié profonde Pour ce globe argileux qui se nomme le monde. » Amis, je vous ai crus. Mais, sans règle, sans loi, M'égarant dans mon vol, quand tout autour de moi Je n'ai vu que néant, j'ai regretté la terre Et cherché quelque roc où s'accrochât ma serre. Tel est, en abrégé, mon roman, cher lecteur ; Dans le vide des airs, confessons-le, j'eus peur, Et, dépouillant soudain mes allures bravaches, Je m'abattis, honteux, sur le plancher des vaches. Aussi, qu'allais-je faire à briguer ces bravos Que le public dispense à de vastes travaux, Quand d'un tragique, hélas ! je n'avais pas la trempe ? Tel qu'un drapeau mouillé retombant sur sa hampe, Puisque pour bien longtemps je me sens aplati, Reprenons, sans rougir, le ciseau d'apprenti. Mes vers ne sont pas faits pour une apothéose, Qu'ils redisent, alors, le zéphyr et la rose, Le ruisseau gazouillant, l'oiseau, tout ce fretin Qui se change, pour nous, en opulent butin, Les jours où notre esprit flotte dans la pénombre : Fou qui lâche la proie et s'élance après l'ombre ! Surtout lorsque Apollon, le plus ladre des dieux, Sur quatre élus par siècle éparpille ses feux, Ou si pour un cinquième il fait luire une étoile, C'est un vieil astre usé grelottant sous son voile ! Oui, puisque à mon essor tant de champs sont fermés, Retournons, retournons aux vers accoutumés. D'ailleurs, le goût n'est plus à la grande peinture, Mais aux toiles de genre, à la miniature. Au-dessus d'un Rubens si nous voyons priser Un tout petit tableau bien facile à caser, Que dira-t-on des vers ? — Une longue tirade De beaux alexandrins rend l'auditeur malade, Et je sais un neveu qui devint héritier Pour avoir lu Mérope à son oncle, en entier. Faire petit, voilà le grand mot de l'époque ! Eh bien, faisons petit ! et, tour à tour j'évoque Un rêve, un souvenir, un futile sujet ; Je l'arrête au passage et l'esquisse d'un jet. Tout m'est bon : les grands bois, la montagne, la grève ; Pareil à la fourmi, je butine sans trêve, Et, douce illusion ! il est de ces moments Où, pour moi, tout devient perles et diamants. Oh ! que n'en tombe-t-il quelques-uns de ma lyre ! Alors, nul d'entre vous, amis, n'oserait dire, En refermant soudain les feuillets entr'ouverts De mon œuvre nouvelle : O ciel ! encor des vers!!!

Notes

Recueil: Fleurs aimées, poésies. Dédicace: A mes amis. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56121243/f13.item

← Précédent Le jardin-qui-séduit-le-cœur Suivant → Un livre

Autres poèmes de Ernest Ameline

A la mairie 1878 A mon amie 1871 Adieux 1871 Ah! si les chiens pouvaient parler 1890 Au Saint Bernard 1878 Autres adieux 1871 Aveuglement 1878 Boutade d'enfant 1890 Brave cœur ! 1878 Cadeau divin 1890 Comment je me suis marié 1878 Coup de foudre! 1890 Cœur brisé! 1878 Dans la montagne 1873 Délire 1873 Délivrance! 1873 Envoi à mes amis 1871 Gavroche 1890 Homicide par imprudence 1874 L'amour aux champs 1873 L'ancien forçat 1890 L'anniversaire 1874 L'appétit vient en mangeant 1874 L'offrande 1890 L'option 1875 La becquée 1890 La confession 1875 La logette 1877 La morsure 1873 La mort d'André Chénier 1875 La plus belle harmonie 1890 La salle des pas-perdus 1890 La vipère 1890 La vraie charité 1874 Le bain 1890 Le bon docteur 1874 Le guide 1878 Le nouveau drapeau 1875 Le nœud gordien 1874 Le père Rataplan 1875 Le sacristain 1890 Le sauveteur 1890 Les anges de la France 1878 Les balayeuses 1890 Les chaumes 1878 Les cloches 1875 Les dernières cartouches 1875 Les deux armées 1878 Légende du Mont Saint-Michel 1890 L’enfant aux deux mères 1878 Mes voisins 1871 Mon vis-à-vis 1878 Morte au monde 1878 On ne passe pas !... Déjà passé ! 1878 Pour le bon Dieu! 1876 Prends garde aux loups 1878 Promenade 1871 Sainte méprise 1890 Sans enfants 1878 Un cœur d’artiste 1874 Un gendre au fleuret 1878 Un livre 1878 Un miracle! 1890 Un patriote 1890 Un trait d'union 1878 Une conquête 1878 Une conquête (Etude parisienne) 1878 Une croisade 1890 Une envie 1878 Une messe sur la mer 1890 Utile dulci 1878