«
D'un ruisseau gazouillant sur un lit de cailloux
Des paysans ont joint les rives par deux planches,
Et ce pont primitif n'a pour seul garde-fous
Que de jeunes bouleaux dépouillés de leurs branches.
Une fraîche roulade a passé sur les bois !...
Serait-ce le bouvreuil ? n'est-ce pas la fauvette ?...
C'est une villageoise au gracieux minois,
Le teint un peu hâlé sous sa blanche cornette
La brise du matin fait flotter son jupon,
Son beau jupon tout neuf, son jupon du dimanche ;
Et, toujours en chantant, jusqu'au milieu du pont
Elle arrive, légère, et le poing sur la hanche.
Grand Dieu ! qu'a-t-elle vu ? Pourquoi ce cri de peur ?...
La poltronne ! Ce n'est qu'une fine moustache,
Fusil en bandoulière, un élégant chasseur
Dont l'œil doux mais profond sur ses deux yeux s'attache.
« Halte! la belle enfant, halte ! on ne passe pas !
Dit-il, avant d'avoir acquitté le péage. »
Et, sur la double rampe étendant chaque bras,
Il demande un baiser comme prix du passage.
« Fi! monsieur le chasseur... à moi ! pareil affront ? »
Répond, en reculant, la belle courroucée ;
Et puis, en tapinois, sur le jeune homme blond
Elle jette un coup d'œil, et... reste embarrassée.
. . . . . . . . . . .
Le pont étroit par eux est enfin traversé.
Notre chasseur s'éloigne, et l'enfant interdite
Se retourne et soupire : « Eh quoi ! déjà passé !... »
C'en est fait de ton cœur, ô ma pauvre petite !
Car si tu n'as mordu, tu mordras quelque jour,
Malgré vent et marée, à la fatale pomme.
L'Amour, en fin matois, prend souvent un détour...
Le proverbe est de lui : Tout chemin mène à Rome.