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Janvier ! — Dans un grand cimetière,
Et par un opaque brouillard
Qui voile la nature entière,
Entre un fastueux corbillard :
Oh ! les superbes funérailles !
Que de blasons ! Que de médailles !
Le mort disparaît sous les fleurs !
Sur le bord de la fosse ouverte,
S'avancent, tête découverte,
Discours en main, de beaux parleurs.
Du défunt ils font tous l'éloge ;
On parle en termes excellents,
— Nul à l'usage ne déroge —
De ses vertus, de ses talents.
Enfin la foule s'éparpille,
Quand, à la tombe de famille
Elle a donné l'aspersion ;
Sur celui qu'on a mis en terre,
C'est à qui fait son commentaire,
À qui fera sa version.
À la même heure, par la porte
Qui conduit au funèbre enclos,
Entre, sans l'ombre d'une escorte,
Tiré par deux maigres chevaux,
Le char des pauvres qui cahote.
Derrière, un chien couvert de crotte
Rase la terre du museau.
On dirait qu'il suit une piste
Hélas ! c'est celle de l'artiste
Dont la mort brise le ciseau.
On est arrivé. La besogne
S'expédie en moins d'un instant ;
Le pauvre chien, lui, va, vient, grogne,
L'œil rivé sur le trou béant.
Des pattes, des ongles, il fouille
Ce sol mouvant où le ver grouille :
La douleur semble l'affoler...
II tombe enfin. ! à ce qu'il aime
Jette son aboiement suprême...
Ah ! si les chiens pouvaient parler !