← Retour aux poèmes

Un miracle!

Ernest Ameline · 1890 · Post-romantisme · 19e siècle
«
Souvent un rien suffit pour ramener au port Celui qui, devant tous, se pose en esprit fort. X... (qu'importe le nom !) passe pour un sceptique. Sa paroisse ? il l'appelle une infecte boutique, Traite d'affreux gredin tout membre du clergé, Au fin fond de la mer voudrait le voir plongé. Mais comment se fait-il qu'il paraisse aux offices ? Madame, fort jolie, a parfois ses caprices : « Mon ami, lui dit-elle, offrez-moi donc le bras Pour aller à la messe. Oh ! vous n'en mourrez pas ! Et lui, sans invoquer un faux-fuyant honnête, Devant son seul désir courbe aussitôt la tête. Dieu sait si, pour les chœurs, les orgues, le plain-chant, Il nourrit quelque goût, quelque secret penchant ! Mais, parfait galant homme autant qu'époux docile, Il entend jusqu'au bout le dernier Évangile. Un jour, ils ont conduit leur fillette avec eux, Une adorable enfant, teint rose et blonds cheveux Retombant sur l'épaule en onduleuses boucles, Les yeux étincelants comme des escarboucles. De mille questions — elle n'a pas trois ans ! — Sur le prêtre, l'autel, ses pompeux ornements, La chaire, le banc d'œuvre, elle accable son père Qui se tait... il ne veut en rien y satisfaire. . . . . . . . . . . . L'office terminé, le flot des assistants S'écoule par la porte ouverte à deux battants. Bientôt l'enfant s'y mêle, et son babil, sa verve Se modèrent. Bien plus ! Elle regarde, observe Les fidèles plongeant dans un grand bénitier Placé contre le mur, leurs mains presque en entier ; Puis, s'étant entr'offert quelques gouttes d'eau sainte, Ne point franchir le seuil de la pieuse enceinte, Sans tracer sur leurs fronts le signe de la croix, En saluant l'autel une dernière fois. Elle arrive bientôt à la vasque de marbre. Alors, telle qu'un lierre enlaçant un jeune arbre, Elle en saisit le pied, veut en toucher les bords, Se grandit, se redresse : inutiles efforts ! Mais sa mère est tout près... Sa mère la devine, Dans ses bras la soulève et doucement l'incline Vers le grand bénitier, où l'enfant, par deux fois, Plonge et replonge encor ses charmants petits doigts ; Puis, soudain, même avant qu'on l'ait posée à terre, Les tendant, emperlés d'eau bénite, à son père : « Tiens ! prends, a-t-elle dit, prends vite ; c'est ton tour. » À cet appel si franc le père n'est point sourd ; Il hésite... rougit... puis, ô miracle insigne ! Imperceptiblement se détourne... et se signe.

Notes

Recueil: Glanes poétiques. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5431958d/f31.item

← Précédent L'offrande Suivant → Ah! si les chiens pouvaient parler

Autres poèmes de Ernest Ameline

A la mairie 1878 A mon amie 1871 Adieux 1871 Ah! si les chiens pouvaient parler 1890 Au Saint Bernard 1878 Autres adieux 1871 Aveuglement 1878 Boutade d'enfant 1890 Brave cœur ! 1878 Cadeau divin 1890 Comment je me suis marié 1878 Coup de foudre! 1890 Cœur brisé! 1878 Dans la montagne 1873 De ciel en terre 1878 Délire 1873 Délivrance! 1873 Envoi à mes amis 1871 Gavroche 1890 Homicide par imprudence 1874 L'amour aux champs 1873 L'ancien forçat 1890 L'anniversaire 1874 L'appétit vient en mangeant 1874 L'offrande 1890 L'option 1875 La becquée 1890 La confession 1875 La logette 1877 La morsure 1873 La mort d'André Chénier 1875 La plus belle harmonie 1890 La salle des pas-perdus 1890 La vipère 1890 La vraie charité 1874 Le bain 1890 Le bon docteur 1874 Le guide 1878 Le nouveau drapeau 1875 Le nœud gordien 1874 Le père Rataplan 1875 Le sacristain 1890 Le sauveteur 1890 Les anges de la France 1878 Les balayeuses 1890 Les chaumes 1878 Les cloches 1875 Les dernières cartouches 1875 Les deux armées 1878 Légende du Mont Saint-Michel 1890 L’enfant aux deux mères 1878 Mes voisins 1871 Mon vis-à-vis 1878 Morte au monde 1878 On ne passe pas !... Déjà passé ! 1878 Pour le bon Dieu! 1876 Prends garde aux loups 1878 Promenade 1871 Sainte méprise 1890 Sans enfants 1878 Un cœur d’artiste 1874 Un gendre au fleuret 1878 Un livre 1878 Un patriote 1890 Un trait d'union 1878 Une conquête 1878 Une conquête (Etude parisienne) 1878 Une croisade 1890 Une envie 1878 Une messe sur la mer 1890 Utile dulci 1878