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7 Thermidor an II. 25 Juillet 1794.
La grille s'est ouverte !... et la voix avinée
Du messager de mort a, dans le grand charnier
D'où sort à chaque instant une horrible fournée,
Jeté le nom d'ANDRÉ CHÉNIER !
Le poète aussitôt a relevé la tête ;
Dans sa main le crayon s'arrête ;
Il s'avance et dit : « Me voilà ! »
Puis, soudain, un nuage obscurcit sa figure ;
Il se frappe le front... on l'entend qui murmure :
Pourtant, j’ai quelque chose là !
Oh ! ce qu'il avait là, c'était le long cortège
Des nymphes, des bergers, des déesses, des dieux,
De tout ce qu'il chantait, contre un tel sacrilège
Protestant par leurs cris nombreux.
C'étaient Myrto, Mnasyle et la blonde Néère,
L'ombre même du vieil Homère,
Qui tentaient un dernier effort,
Et disaient à Chénier: « Que ne prends-tu ta lyre ?
Peut-être verrais-tu tout ce peuple en délire
Brûler son instrument de mort. »
Mais sa lyre est brisée!... — Au fond de la charrette
S'entassent aussitôt vingt martyrs comme lui ;
De l'œil il en parcourt la quadruple banquette,
Sans rencontrer un œil ami.
Ah ! faut-il qu'au milieu de la noble hécatombe,
Seul, il s'avance vers la tombe !
Faut-il que, durant le chemin,
Il ne puisse échanger un mot... une pensée...
Et que sa main qui va bientôt être glacée
Ne serre pas une autre main !!!
Le signal est donné !... Le char funèbre roule...
O ciel ! un cachot s'ouvre !... Étroitement lié,
Pareil au frêle esquif ballotté par la houle,
Quel est ce martyr oublié ?
C'est le chantre des Mois! c'est ROUCHER ! presque un frère !
Pour eux, désormais, tout s'éclaire,
La mort a presque des attraits ;
Debout au premier rang, appuyés l'un sur l'autre,
Dans leurs yeux, sur leur front, comme au front d'un apôtre,
Passent de célestes reflets.
Et les voilà tous deux, parlant de poésie,
De Racine échangeant les vers harmonieux.
Or savez-vous la scène, entre toutes choisie,
Qui sert de baume à leurs adieux ?
C'est celle où l'amitié de Pylade et d'Oreste
En élans chaleureux s'atteste...
Mais la foule ne comprend pas
Et redouble ses cris, redouble son attaque,
Tandis qu'eux, répétant les beaux vers d'Andromaque,
Calmes, fiers, marchent au trépas.
Ô peuple ! bats des mains ! Ce que ta haine immole
En ce jour, ce n'est plus la grâce, la beauté,
Ni tous les détracteurs de la fragile idole
Que tu nommes la Liberté!...
Non, ce n'est pas assez, pour assouvir ta rage,
Que la noblesse et le courage ;
Ô peuple ! il te faut plus encor !...
Cours!... tu verras comment, égaré sur la terre,
L'aigle qui s'est souillé dans son vol éphémère
Vers les cieux reprend son essor !!!
. . . . . . . . . . . .
Le crime est consommé !!! — Des vallons de la Grèce
S'élève, à pareil jour, un long cri déchirant ;
On dit même qu'un cygne, aux rives du Permesse,
Fait entendre son dernier chant :
C'est le suprême adieu du Poème rustique,
L'adieu de l'Idylle érotique !
Et de la belle Antiquité !
Ô Chénier ! qui l'eût dit, qu'entre une double escorte
De muses, de bourreaux, tu franchirais la porte
Du temple d'Immortalité !