«
« Seigneur Jésus ! dit la servante,
Que nous ramène le curé ?
Trois enfants ?... une mendiante ?...
Seigneur Jésus, Miserere ! »
Mais le Pasteur : « Allons, Thérèse,
Qu'on m'obéisse et qu'on se taise.
Il neige... ranimez le feu ;
Videz le buffet et la huche,
De cidre remplissez la cruche :
Donnons, donnons... pour le bon Dieu ! »
« Qui sonne ? Ah! c'est Jeanne-Marie !
Ton père vient-il d'expirer ?
— Il est bien mal, je vous en prie !
Venez vite l'administrer. ,
— J'y cours »
Mais la vieille : « Impossible !
Dehors la bourrasque est terrible ;
Attendez, attendez un peu. »
Et lui, du ton le plus tranquille :
« Ne lit-on pas dans l'Évangile :
« Oublions-nous... pour le bon Dieu ?»
— La route est longue !
— Par la plage
On peut l'abréger de moitié.
— Songez-y, Monsieur... à votre âge !
— Epargnez-moi votre pitié !
Ton bras, bedeau, que je m'appuie ;
Plaçons sous le grand parapluie
Le Saint Viatique, au milieu ;
Hâtons-nous, car le flux approche ;
En route ! fais sonner ta cloche,
En route ! c'est pour le bon Dieu ! »
. . . . . . . . . .
Le vent, le froid, rien ne l'arrête,
Et déjà le son argentin
Qui passe à travers la tempête
S'éteint... et meurt dans le lointain.
Le curé, de son pied rapide,
Enjambe varech, sable humide ;
Pour lui chaque obstacle est un jeu !
À son bedeau tout hors d'haleine
Il dit : « Eh ! qu'importe la peine ?
Nous travaillons... pour le bon Dieu! »
Soudain grondent comme un tonnerre
Ces mots : « La France est en danger ! »
— Enfant, cours embrasser ta mère
Et va combattre l'étranger.
Moi je vous suivrai... sans épée !
Votre âme, au pardon retrempée,
De vaincre ou mourir fera vœu.
Que la bannière de l'Eglise
Soit notre drapeau ! qu'on y lise :
« Pour la Patrie et le bon Dieu ! »
La croix en main, le vaillant prêtre
Montre la route de l'honneur
À ces conscrits... qu'il a vus naître,
Et, grâce à lui, tous ont du cœur.
Il soigne... il absout .. il enterre...
Pour une sœur, pour un vieux père,
Se charge d'un suprême adieu.
Un blessé mord ses draps de rage,
Il s'en approche : « Ami, courage !
Il faut souffrir... pour le bon Dieu ! »
Puis, ô douleur ! dans la mêlée
Il s'élance, un jour, sans pâlir ;
Il a vu sa troupe accablée
Et ses pauvres Bretons faiblir :
— « En avant ! dit-il, Espérance !
Enfants, là-haut plus de souffrance ! »
Et son doigt montre le ciel bleu.
Soudain un éclat de mitraille
L'étend sur le champ de bataille...
Il jette un cri : « Pour le bon Dieu !!! »