«
Que demandes-tu donc, chère enfant, des étrennes ?...
Dit le bon Dieu ; sais-tu que, depuis la Noël,
J'en ai, sur l'univers, jeté des mannes pleines :
Tous les petits enfants ont appauvri mon ciel.
Pourtant, il me reste trois choses,
— Non pas des bonbons, des joujoux —
Trois choses graves pour tes goûts.
N'importe ! Approche... Eh quoi ! tu n'oses ?
Tiens ! je te donne la Beauté ;
Que ferais-tu de la Richesse,
Ou de la candide Bonté,
Dupe, souvent, de sa faiblesse ? »
L'enfant ne répond mot. Le regard abaissé,
Écoutant, non loin d'elle, une voix suppliante,
Celle d'un pauvre aveugle et d'une mendiante :
Elle songe !... Soudain, son front s'est redressé :
« Ne pourriez-vous, Seigneur, ici, faire un échange ?
Remplacez, pour moi, la Beauté
Par la Richesse et la Bonté. »
Et le bon Dieu qui lit dans le cœur de cet ange,
Et, d'avance, le voit donnant à pleines mains.
Procurant du travail aux mères,
Un sûr asile aux orphelins,
Compatissant, enfin, à toutes les misères,
L'embrasse en lui disant de sa plus douce voix :
« Que sert de mettre ici mes cadeaux en balance !
De ton grand cœur, enfant, qu'ils soient la récompense,
Prends et garde-les tous les trois. »