«
Un jour, j'étais entré chez un artiste habile
Qui taillait en plein marbre et d'une main fébrile
Les énergiques traits d'un illustre guerrier.
La porte s'ouvre. Un homme, au seuil de l'atelier
Se montre. Il a grand air. Sa carrure est robuste :
— « Je viens, Monsieur, dit-il, vous commander mon buste. »
L'artiste l'a toisé des yeux, puis, brusquement :
— « Je ne me trompe pas... Vous êtes Allemand ? »
— « Certes oui, j'en suis fier : pourquoi cette demande. »
— « C'est que... tenez ! portez ailleurs votre commande. »
— « Le motif ?...
— Une idée !
— Ah ! vous avez grand tort.
Mais, j'y songe : voici qui nous mettra d'accord. »
Et de billets de banque il jette une poignée.
L'autre s'est redressé, la figure indignée :
« II vous faut votre buste avec le piédestal ?
« Fort bien ; mais c'est à moi de choisir le métal.
« Parmi tous les canons ravis à notre France,
« Allez m'en chercher un... dès demain je commence. »