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Dans ma bibliothèque il est un petit livre
Dont la tranche dorée et le fermoir de cuivre
Sont ternis par le temps bien plus que par la main ;
Laissant au second plan Virgile, Homère, Horace,
Il montre au premier rang, à la première place,
Ses feuillets tout jaunis comme un vieux parchemin.
Ce livre, oh ! qu'il m'est cher ! — Contre sa couverture
Aux coins tout écornés, disjointe par l'usure,
Si je l'ouvre, je vois, soigneusement collé,
Le beau Souvenez-vous : — éloquente prière
Qu'on adresse à la Vierge aux heures de misère, —
Que trop souvent, hélas ! je me suis rappelé.
Je me souviens, alors ! —
L'écriture hardie,
Régulière, sans tache, emblème de sa vie,
C'est celle de ma mère. — Au seuil de la maison,
Un jour, elle glissa dans mon humble bagage,
Comme un palladium durant mon long voyage,
Chaude de ses baisers, la divine oraison.
Oh ! oui, je me souviens !!! .
Son ombre se dégage
De chaque caractère, et monte de la page
Jusqu'à mes yeux en pleurs, et je l'entends encor
Redire, en s'inspirant d'une forte Romaine,
Quand à son cou mes bras lui faisaient une chaîne :
« Voilà mes seuls bijoux et voilà tout mon or. »
Oh ! oui, je me souviens !!!
À l'heure où tout repose,
Elle est là... près de moi... dans l'alcôve mi-close,
Interrogeant mon pouls, interrogeant mon cœur ;
Puis, plus tard, de mon âme elle entreprend la cure :
J'arrive dépouillé de la moindre souillure
Au grand jour où l'enfant s'unit au Créateur.
Oh ! oui, je me souviens !I!
Que de fois, ô ma mère!
Je te quittai pour suivre un bonheur éphémère !
Et que de fois, saignant aux ronces du chemin,
Un moment dégrisé d'une trompeuse ivresse,
Tu m'as vu revenir à ta pure tendresse
Et cacher, tout honteux, ma tête dans ton sein !
Oh ! oui, je me souviens !!!
Au jour de l'agonie,
Comme un avant-coureur de la gloire infinie,
Une lueur passa sur ton front décharné,
Ma main dans tes deux mains fut longuement pressée,
Et puis... tu murmuras d'une voix oppressée :
« Mon Dieu ! gardez le fils que vous m'avez donné ! »
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Voilà ce que contient cet affreux petit livre
Dont la tranche dorée et le fermoir de cuivre
Sont ternis par le temps bien plus que par la main :
Voilà pourquoi, laissant Virgile, Homère, Horace,
Au second rang il montre, à la première place,
Ses feuillets tout jaunis comme un vieux parchemin.