«
Un jour, à Daoulas, dans une humble chapelle,
J'aperçus une femme en grand deuil, et si belle,
Sous l'ingrate couleur de son ajustement,
Que je restai plongé dans le ravissement.
À genoux sur la dalle, elle était en prière,
Et roulait dans ses doigts les grains d'un long rosaire ;
Les Ave m'arrivaient tout tronqués, en lambeaux,
Mais j'aurais pu compter ses soupirs, ses sanglots.
Vers moi, sans le vouloir, elle a tourné la tête :
Dans son regard profond quelle sombre tempête !
Sur ses traits amaigris que de ruisseaux de pleurs !
Ah ! j'ai là, devant moi, la Mère des douleurs.
La pauvre femme, alors, se sentant observée,
De son humble posture aussitôt s'est levée,
Et, saluant l'autel d'un grand signe de croix,
Va s'asseoir à l'écart, sur un vieux banc de bois.
Là, sa main convulsive et tremblante de fièvre
Cherche, trouve, saisit et presse sur sa lèvre,
— S'interrompant vingt fois pour l'embrasser encor —
Un tout petit bonnet brodé de soie et d'or :
Souvenir ineffable et relique suprême
De son Ange envolé..., son bonnet de baptême !
Vers la Vierge qui tient son Fils entre ses bras,
Elle s'est avancée et lui parle tout bas ;
Puis, essuyant ses yeux, ses beaux yeux tout humides,
Du cher petit bonnet elle a noué les brides,
D'une main délicate, au menton de l'enfant,
Et sort du lieu sacré, le regard triomphant.
Bientôt je la rejoins ; je l'aborde et demande
Quel est le sens caché de sa pieuse offrande :
— « C'est pour que les enfants que nous avons perdus
« Aient au Ciel pour ami le bon petit Jésus. »