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Coup de foudre!

Ernest Ameline · 1890 · Post-romantisme · 19e siècle
«
C’était en plein soleil de mai ; Je l'aperçus à la parade, Debout, sur une haute estrade, Et — coup de foudre ! — je l'aimai ! Quelle verve! que d'insistance Dans son fastueux boniment ! Mais ses yeux étaient un aimant Plus puissant que son éloquence. Et les curieux, ébahis, Montaient, montaient, comme une houle, S'entassaient dans la loge, en foule, Des premiers rangs au paradis. Loge entre toutes alléchante, Grâce à ses flamboyants tableaux ! Sur l'un est peinte une Géante, Pesant, bon poids, deux cents kilos. Sur l'autre, un redoutable Hercule, Arrivant tout droit du cap Nord : Il met au défi le plus fort Et n'a jamais connu d'émule. Le troisième, enfin, nous montrait, Portant crânement la tunique, Une femme au type énergique, La main droite sur un fleuret. Cette femme, c'est Idalise ! Aucun prévôt d'armes, dit-on, À l'épée, au sabre, au bâton, Avec elle ne rivalise. Lors, mes yeux, instinctivement, Retombent sur la belle fille Qui, sur les tréteaux, s'égosille À débiter son boniment. Je la détaille, l'analyse, Avec des regards dévorants, Car je n'ai, jusqu'à dix-huit ans, Rien vu d'aussi beau qu'Idalise, Chapeau de côté, plume au vent : Une orgueilleuse plume blanche ! Coquet baudrier soutenant Baril tricolore à sa hanche, Enfin, d'un pantalon bouffant, De même couleur que sa jupe, — C'est là ce qui me préoccupe — Sortent deux petits pieds d'enfant. Ces deux petits pieds... quelle amorce ! Aux marches du large escalier Je me jette... Pauvre écolier ! De lutter tu n'as plus la force. Encore faut-il, pour entrer, Verser l'argent de ma semaine : Grand Dieu ! la loge est archipleine, À peine y puis-je pénétrer. . . . . . . . . . . D'abord l'Hercule et la Géante Font parade de leur savoir, Mais, pour le public dans l'attente, Le plus palpitant reste à voir. C'est le grand assaut ! — Idalise Provoque, par un triple appel, Les fines lames... ô surprise ! Nul n'a relevé le cartel. Elle attend, fièrement campée, Se redressant sous le plastron ; Sa bouche, amèrement crispée, Semble dire à chacun : Poltron ! Est-ce hasard ? Est-ce malice ? Ses yeux ont plongé dans les miens ;... De l'encoignure où je me tiens Je bondis, soudain, dans la lice. Car j'ai ma part d'un tel affront ; Sur le plancher je tombe en garde ; La salle entière me regarde, Le fleuret haut, le masque au front. Disons-le tout bas : au collège, Je passe pour adroit tireur ; Aurais-je aujourd'hui du bonheur ? Allons ! Et que Mars me protège ! Nous engageons... fer contre fer... Certaine botte favorite Lui sert d'attaque — Je l'évite... Son jeu, c'est un vrai jeu d'enfer. Ses dégagements, je les pare Et fais bon marché des coups droits ; Mais qu'ai-je donc ? mon œil s'égare... C'est que là, tout près, j'aperçois, Sous le treillage métallique, Ses beaux yeux dardés sur mes yeux, Et, sur son dos, ses longs cheveux Flottant selon la mode antique. Pour achever de me griser, Sur son cou blanc, son cou de cygne, Ressort, en noir, un petit signe Que Vénus, seule, a dû poser. Soudain, mon bras se paralyse, Du poignet je me sens perclus, Je n'entends rien... je n'y vois plus : « Sois cent fois maudite, Idalise ! Tu le veux, tiens ! prends-le, mon cœur. » Et je le jette à cette femme. L'assaut, dès lors, devient un drame D'où je ne puis sortir vainqueur. Soupçonnant que je la ménage, — J'ai risqué mon dernier atout, — Son jeu, bientôt, se change en rage, Je suis boutonné coup sur coup. Enfin, par un cercle rapide, Elle enveloppe mon fleuret Qui m'échappe, et s'en va, d'un trait, Tout piteux, rouler dans le vide. Je suis battu ! — « Joli maintien ! » Dit-elle en m'offrant sa main blanche ; « Mes compliments ; vous tirez bien ; « Allons ! à bientôt la revanche. » Bientôt !... hélas ! ce fut bien tard. Huit jours après, à la parade, Plus d'Idalise sur l'estrade ! Et l'on chuchotait, à l'écart : « Corbleu ! la belle est enlevée ! Quel superbe coup de filet ! C'est quelque Crésus vieux et laid Qui, pour sûr, nous l'aura soufflée. » Mes bons amis, voilà comment J'ai conjugué le verbe : J'aime : Ce n'est là qu'un premier roman, Espérons mieux pour le deuxième.

Notes

Recueil: Glanes poétiques. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5431958d/f105.item

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