«
Salut ! ô toi qui m’as donné le jour,
Salut enfin, ô ma chère patrie !
Reconnais-moi, mère tendre et chérie,
Reconnais-moi, je suis ton troubadour.
Lien du cœur, charme de la mémoire,
Bords enchantés, ciel si clair et si beau,
Que j’ai quittés pour quelque peu de gloire,
Écoutez-moi, je chante mon berceau !
Ô mon pays ! ô mon premier amour !
Quand je t’ai fui pour la Cour de Marie,
Si jeune encor quand lui donnai ma vie,
Elle avait dit : "Soyez mon troubadour !"
Tout à l’honneur, tout à ma souveraine,
Fus pris de gloire à cet ordre si doux.
En la voyant, fallait aimer la reine.
Souriait-elle ? On était à genoux.
Aux jours affreux de la captivité,
On enchaîna des belles la plus belle.
Pour me punir d’oser être fidèle,
Je te perdis, ma douce liberté !
Nobles soutiens de mon âme flétrie,
Mépris de l’or, talent, courage, honneur,
Je vous rapporte à ma chère patrie :
Je n’eus jamais qu’elle et vous dans mon cœur.