«
Vous dont l’austérité condamne la tendresse,
Vous dont le froid printemps s’est perdu sans ivresse,
Qui n’offrez à l’amour que des yeux en courroux,
Ne lisez point mes vers, ils ne sont pas pour vous.
Toi dont l’âme à la fois liante et malheureuse,
D’une âme qui t’entende appelle l’entretien,
Si je puis rencontrer ta paupière rêveuse,
Devine mon secret, devine… c’est le tien.
Presse alors sur ton cœur ces écrits pleins de larmes.
Dis-toi : qu’elle a souffert ! que je la plains ! quel sort !
Mais d’un bien que j’attends si je goûte les charmes,
Dis-toi : « qu’elle est heureuse ! elle est calme, elle dort ! »
Si je m’éveille, écoute !… une voix consolante, une ombre,
Attirera tes yeux vers le ciel, et tes yeux,
Verront luire ces mots sous un voile moins sombre :
« Viens ! ne crains pas la mort ; on aime dans les cieux ! »
Tu viendras. De frayeur et d’espoir palpitante,
Tu quitteras l’exil où j’ai langui toujours,
Et d’un jour éternel la lumière éclatante,
Confondra le nuage épanché sur nos jours.
Au revoir donc, ma sœur. Ma sœur ! je vais t’attendre,
Mon âme va chercher ce quelle osa prévoir.
Point d’adieu. Non ! Ce mot est l’effroi d’un cœur tendre :
Tu m’entends, c’est à toi que je dis : au revoir !